Le grand-ménage: un très bon exercice pour pratiquer le lâcher-prise

Le grand ménage est une belle occasion d’un exercice pour pratiquer le lâcher-prise. Il me prend ces temps-ci un goût de jeter, de donner, de faire de la place, d’aérer mes tablettes. Non, je ne suis pas pris du syndrome du grand-ménage pour contrer mon stress, mon vague à l’âme ou combler mon vide existentiel. C’est juste que partout où mon regard se tourne (bon j’exagère, pas partout… le dessous de mon lit est libre quand même), je vois plein de choses qui m’encombrent dont je pourrais me départir. Non, c’est vrai, je ne peux pas m’en séparer, ça peut toujours servir…

J’ouvre ma penderie? J’y vois plein de vêtements que je ne mets plus depuis longtemps, usés, passés de mode, inutiles ou simplement laids. Oui, mais je peux les garder pour faire de la peinture, de la poterie, travailler au jardin, que sais-je encore? Sauf que j’en aurais assez pour ouvrir un magasin de vêtements d’atelier…

J’ouvre les tiroirs de ma commode? Ils débordent de t-shirts, de maillots, de chaussettes (j’en ai des chaussettes…). Oui, mais je pourrais transformer mes vieux t-shirts en guenilles pour faire de la peinture, de la poterie, pour laver l’auto…

Je descends à la cave et les armoires de rangement débordent de décorations de Noël inutilisables, de pots de peinture à moitié pleins, de boîtes d’emballage vides, de vieilles raquettes de badminton, de vieux appareils électroniques… Et c’est sans parler de mes bibliothèques chargées de vieux livres, de mes classeurs bourrés de papiers inutiles (vous conservez encore vos notes de classe vous?), de mes tablettes et tiroirs remplis de gogosses et autres machins dont j’ignore le nom ou même la fonction. Et je ne vous ai pas parlé encore de ma remise de jardin – ah! mon Dieu!

Exercice pour pratiquer le lâcher-prise

En voyant tout cela, je me dis: quelle belle occasion d’appliquer ce que je prêche et de faire un exercice pour pratiquer le lâcher-prise. Pour m’aider, je suis allé relire notre article sur le sujet (Comment lâcher prise: quelques moyens). Je me suis dis que je remplissais au moins une condition pour y arriver: prendre conscience. Mais je me heurte à la deuxième: accepter de faire le deuil de quelque chose auquel je tiens. Pourtant, je n’y suis pas attaché autant que ça. Un peu quand même puisque je les conserve.

Et voilà qu’un petit diable me fredonne une chanson de Sylvain Lelièvre J’aime les choses inutiles… Les bibelots débiles… J’aime les choses inutiles…qui nous font du bien… Ouais, mais qu’est-ce que cela a à voir avec mes chaussettes séparées, mes chemises trouées, mes jeans déchirés (quoique c’est la mode quand même) ou les guirlandes électriques brisées? Rien! Alors je reviens à l’article: « Lâcher prise implique parfois de faire le deuil d’une croyance ». Mais lesquelles?

Quatre obstacles

En réfléchissant, j’ai trouvé au moins quatre mythes qui viennent me mettre des bâtons dans les roues au moment de donner une diète minceur à mon amoncellement de choses inutiles. Des phrases toutes faites qui surgissent dans mon esprit quand je suis sur le point de faire de l’espace, d’aérer, à jeter.

1- Le premier, c’est justement que ce n’est pas inutile. Je m’entends dire que ça peut aussi bien servir un jour. Ou encore, je pourrais en avoir besoin un de ces quatre ou quelqu’un d’autre pourrait en avoir besoin. C’est vrai non? Ça l’est sans doute parce que je me répète cette idée chaque fois que je veux faire de la place. On ne sait jamais…alors je garde.

2- La deuxième croyance, et non la moindre, c’est: j’ai payé pour ça et même assez cher dans certains cas. Réalisez-vous que ce magnétoscope Panasonic m’a coûté 1500$ à l’époque (vous imaginez ce que cela représente en Euros…) et que c’était l’un des premiers du genre? Bon, je sais, il ne fonctionne plus.

Cette vieille caméra vidéo valait au moins 1200$. C’est sûr que je peux maintenant m’en procurer une hi Tech pour moins de 400 $. Mais quand même. Et que dire de cet ordinateur Mac qui date de 1986 et qui m’a coûté près de 2000$. C’est presque une antiquité ça, mon ami!

3- Ce qui me conduit à la troisième croyance qui m’empêche de lâcher prise : je pourrais faire des sous en vendant ces vieux objets, sur eBay ou ailleurs. Tiens, je pourrais en profiter pour y offrir tout ce qui ne sert plus et faire un bon coup d’argent pour… pour m’acheter d’autres choses inutiles.

4- Et voici ma quatrième idée paralysante:  je ne peux pas me défaire de cette chose. C’est un cadeau de Jules, mon beau-frère… Un cadeau c’est un cadeau, et je ne voudrais surtout pas l’insulter.

Comment enlever ces obstacles

Une des façons de modifier une croyance limitative, c’est de la mettre en doute. Et puisqu’il faut que «les bottines suivent les babines» ou que je fasse ce que je prône, j’ai cherché comment ébranler ces quatre idées qui, à mon humble avis, sont très sensées… Quoi de mieux pour contester une idée que de trouver en moi un avocat du diable qui va m’aider à sortir quelques boîtes en me posant de bonnes questions.

_____________________________________________

LIRE AUSSI

Se poser les bonnes questions pour être plus heureux.

_____________________________________________

Choisissons donc en premier l’emplacement de notre laboratoire de lâcher-prise, pour éviter de tout entreprendre en même temps et de se décourager. C’est toujours une bonne idée de morceler un gros ménage (ou un gros projet). Dans mon cas, je vais choisir ma penderie. Je commence par la gauche ou par la droite? Bon, je fais de la procrastination. Allons-y par la gauche: il faut bien prendre des décisions dans la vie.

Tiens! Je ne me rappelais pas que j’avais autant de complets et de vestons. Et moi qui porte presque toujours des jeans. Bon! Et si je commençais par ce qui sera plus facile à lâcher partir. Voilà deux vestons gris. Celui-ci ne me fait plus, alors je l’enlève sans problème. Ensuite, deux complets bleus passablement démodés. OK j’enlève. Oups! Mon habit de noces. Ça fait 45 ans qu’il est là, suspendu, attendant une occasion. Mmmm. C’est plus difficile ça…Allons-y alors avec mon habit de noces et mon avocat du diable.

1- Ça peut aussi bien servir un jour!

«Vraiment? Mais QUAND vas-tu réellement avoir besoin de ça? Et puis as-tu déjà porté ton vieil habit de noces neuf (!) dans les 40 dernières années? Si, une fois, et tu avais l’air d’une vieille photo poussiéreuse avec quelques kilos de trop. En plus, il est brun! Franchement, be-run.»

Oui, mais, je pourrais en avoir besoin!

exercice pour lâcher-prise«C’est vrai, tu vas régulièrement à des bals costumés rétro…»

Non, mais quelqu’un pourrait en avoir besoin? Ca ferait un beau costume au théâtre? Mes petits-enfants, un jour, vont vouloir se costumer?

«Quand bien même tu le donnerais à une friperie, il n’y a personne qui va en vouloir. C’est pas sérieux, voyons! D’accord, je te laisse une chance. Accordons-nous six mois. Tu le mets dans une boîte et tu écris la date sur l’extérieur. Si le Un jour (la date en question) arrive et que tu ne t’en est pas servi, tu sera libre de l’envoyer vivre sa vie sous d’autres cieux. Non mais, ne te sens-tu pas déjà mieux? On continue?»

Bon, je ne passerai pas toute ma garde-robe en revue. Permettez-moi de me garder un peu d’intimité. J’ai compris le principe. Je constate qu’il y a des choses faciles à laisser aller, et que d’autres sont plus problématiques. Pour celles-là, je DÉCIDE d’une date après laquelle, si je ne m’en suis pas servi, je vais m’en départir. Voyons une autre pièce.

CLIQUEZ ICI pour en savoir davantage sur le lâcher-prise, un terme galvaudé, et comment on peut y arriver. Écoutez notre podcast audio dans lequel nous répondons à ces questions: Y a-t-il une définition simple du lâcher-prise? Une image pour illustrer ce qu’est le lâcher-prise? N’y a-t-il pas une connotation négative au lâcher-prise? Est-ce que ce n,est pas synonyme d’abandonner, de fuir? Différence entre abandonner et lâcher-prise. Pourquoi lâcher prise? Peut-on lâcher prise quand on est abonné au contrôle? Profitez-en pour télécharger gratuitement notre Modèle du Contrôle (PDF)

2- J’ai payé pour ça!

Me voilà dans mon bureau. Dans une armoire, un lecteur VHS débranché gît sur une table tournante, déconnectée elle aussi, à côté d’un radio émetteur RadioShack inutilisé (pour ne pas dire inutile) acheté d’occasion il y a des lustres. Sur la table, un gros ordinateur (je ne me rappelais pas que ça avait été si gros…), deux imprimantes (dont l’une sans encre), un scanneur qui n’a rien numérisé depuis belle lurette. Je n’ose plus dire que ça pourrait servir un jour, mais j’ai quand même versé beaucoup d’argent pour ça! Qu’as-tu à dire là-dessus, cher défenseur des causes désespérées?

«Quand bien même tu resterais accroché à ces objets, ça ne ramènera pas l’argent que tu as donné. Je suis désolé de te dire ça, mais ces billets sont partis, POUR TOUJOURS…»

Hum…tu es dur avec moi. Tu ne vois donc pas que je me sens coupable ?

«Crois-tu vraiment que ton sentiment de culpabilité va faire revenir l’argent dépensé ou t’inciter à utiliser davantage cet objet?  Non! Tu vas les laisser croupir là et continuer à te sentir coupable. C’est un prix encore trop cher à payer ça. Pourquoi perdre ton temps à te sentir mal? En plus, tu payes quelqu’un pour épousseter tout ça…»

Ouf! Il est coriace mon avocat. Mais je comprends (je suis psy quand même) que la stratégie pour lâcher-prise ici, c’est d’accepter que l’argent soit dépensé et qu’il ne reviendra pas. Mais tout de même, je pourrais vendre le tout et récupérer un peu d’argent. Qu’en penses-tu, cher apôtre du lâcher-prise?

3- Je pourrais faire de l’argent en les vendant!

exercice pour lâcher-prise

«Je l’attendais celle-là! Te voilà pris du syndrome de la vente de garage, du vide-greniers, de la braderie, du troc et puces (vous en voulez d’autres?). Je suis convaincu que ça va faire partie de la sixième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-6). Les signes cliniques sont faciles à observer: un individu décide de laisser aller des objets, mais il les conserve en vue de l’éventuelle grande vente sur gazon devant la maison ou aux puces.

Bon! Je concède que ça peut te rapporter des sous. Mais pense à l’investissement émotif. Tu trouves cela difficile de lâcher-prise et tu ne feras qu’étirer la période de souffrance. C’est pire que le supplice de la goutte d’eau! Pourquoi ne pas donner le tout à un organisme qui en fera bon usage, qui donnera une seconde vie à tes objets. Non seulement tu vas te sentir bien en faisant la charité, mais tu pourras dire à tout le monde: je recycle mouuaaa, Monsieur!»

4- Je ne peux m’en défaire, c’est un cadeau.

Et toc, bouché l’avocat.

«Hum! On veut me mettre au défi? Si tu n’aimes pas la personne qui te l’a donné, le problème ne se pose pas puisque l’objet a déjà pris le bord de la poubelle. Mais comme tu aimes bien cette personne, tu étends ça à l’objet ou au gugusse inutile en question et tu as l’impression de faire offense à cette personne. Tout d’un coup elle s’aperçoit que je n’ai plus l’horreur qu’elle m’a donnée il y a dix ans… Là-dessus, je pourrais te dire OUI ET APRÈS? Mais je vais me retenir et te proposer plutôt de bonnes questions.»

«Alors prend l’objet dans tes mains ou regarde-le dans le blanc des yeux et demande-lui froidement: est-ce que j’ai besoin de toi? Est-ce que je t’utilise? et surtout Est-ce que je t’aime? Dans la négative, tu n’as pas à le conserver. Si tu y tiens vraiment, prends-le en photo et… non, ce n’est pas une bonne idée de la mettre sur Facebook avec la mention «j’ai enfin lâché prise». Garde la photo dans un album virtuel que tu vas intituler Mes horreurs, avec un code d’accès secret et compliqué que tu vas oublier. Et centre plutôt ton attention sur la personne qui te l’a donné et sur les raisons qui font qu’elle est précieuse pour toi (bien plus que l’objet). C’est le lien avec cette personne qui importe, pas celui avec l’objet.  Et suggère à tes amis de te donner du chocolat ou du vin à l’avenir.»

Il commence à m’énerver un peu. Mais que dire contre quelqu’un qui lit mes articles. Si se détacher d’objets est difficile, je ne peux m’empêcher de penser que c’est encore plus compliqué de lâcher prise à des endroits plus importants de sa vie. Il y a des deuils plus grands que d’autres, c’est certain. Mais est-ce que ce petit avocat ne pourrait pas s’avérer utile encore si nous lui donnions la parole et que nous acceptions d’écouter? Surtout s’il a de bonnes questions à poser.

Bon! Je vais me chercher une boîte pour… pour quoi déjà? Ah oui! Mon vieil habit de noces.

Note: il existe sur Internet de nombreux sites de dons, de récupération, de brocante gratuite où on peut proposer et donner plutôt que jeter ce dont on veut se débarrasser. Par exemple Recupe.net ou encore des sites comme LesPac ou Kijiji qui ont une section À donner.

Psychologue et auteur passionné par la communication et la recherche de moyens pratiques pour être heureux et traverser activement les changements. Il est co-auteur de Oser changer. Mettre le cap sur ses rêves et de Lacher prise. Prendre de l’altitude.

Partagez