Vingt ans. L’âge des choix et le risque de l’intimité

vingt ansVingt ans, peut-être un peu plus, c’est l’âge des choix, de l’autonomie, des premiers pas dans le monde adulte. L’âge où, apparemment, se cristallisent toutes les découvertes. L’âge des nostalgies aussi, pour qui regrette sa jeunesse (rappelez-vous les paroles de la chanson Sa Jeunesse de Charles Aznavour).

Il est vrai que la vingtaine présente beaucoup d’attraits: la santé physique, l’apparence, la résistance du corps, la capacité énergétique sont à leur zénith. Sans compter les performances intellectuelles, la souplesse de la pensée à leur apogée. Le jeune adulte s’aventure dans une carrière, dans un style de vie, dans une vie de couple grisé par sa nouvelle indépendance. Il choisit, en toute liberté ses amis, ses loisirs, ses engagements, libéré du fardeau que peut représenter pour lui les pressions parentales.

L’insécurité

Pourtant, sous les apparences, se cachent presque toujours beaucoup d’incertitudes et d’insécurité. Les tâches développementales, liées à l’adolescence, ne sont pas nécessairement achevées ou intégrées. Le jeune adulte se lance, certes, mais sans l’expérience réconfortante de ses aînés. Libéré des parents, oui, mais encore influencé par eux. Un début de carrière, mais pas toujours dans un travail choisi, dans le sens de la préparation ou des vrais intérêts. Si les capacités d’assumer des responsabilités d’adulte sont présentes, il ne faut pas oublier l’aspect nouveauté, ni celui de l’adaptation. Car les débuts sont excitants, mais troublants aussi : tout arrive en même temps, et la ferveur n’exclut pas les risques inhérents aux « premières fois ».

Bref, si toutes les ressources sont là, il n’en demeure pas moins que l’expérience est à construire, les valeurs à assumer. Car il y a toujours beaucoup, de la théorie à la pratique.

Passer aux actes

Qu’en est-il alors de l’expérience affective? C’est à vingt ans qu’on prend brusquement conscience que notre vie nous appartient. Qu’on découvre que nous en sommes l’artisan responsable; que nous sommes confrontés aussi à une sorte de solitude existentielle. L’adolescence toute récente nous a permis de nous faire une idée de nous-mêmes, de nos valeurs, de nos idéaux, de notre identité, et parfois de nos limites.

Voilà maintenant qu’il faut passer aux actes et s’engager. Le jeune adulte caresse plusieurs rêves et s’engage activement dans leur réalisation (voir Avoir des rêves? Oui, mais pourquoi?). Pour être capable de faire des choix, son identité doit être clairement établie. Toute l’enfance prépare cette découverte et toutes les tâches humaines de la vie s’y appuieront.

À vingt ans, on choisit en quelque sorte d’une façon assez définitive l’orientation générale de sa vie : aussi bien sa profession, qu’un partenaire avec lequel on envisage des projets, une vie commune.

Vingt ans: le risque de l’intimité

L’intimité avec une autre personne implique d’abord l’intimité avec soi-même, c’est-à-dire connaissance, compréhension et capacité de vivre dans la solitude sans se sentir menacé. Ce sont les conditions d’une véritable intimité avec autrui.

Cette dernière suppose en effet la capacité de s’abandonner, sans craindre de se perdre. C’est un acte de confiance qui implique une très grande ouverture, un partage profond, épanouissant, une sorte de fusion où on ne perd pas son identité, mais où on laisse tomber le masque, la façade, les défenses.
Certes, dans une relation de couple, l’intimité inclut l’intimité sexuelle, mais elle n’est pas restreinte à cette dimension. L’amitié peut être une relation privilégiée où on peut ressentir la profondeur d’un lien intime. Elle est donc possible en dehors d’une relation de couple, mais demeurera souvent restreinte à quelques individus.

vingt ansL’isolement

Si, par contre, l’identité personnelle est non définie, la véritable relation intime est compromise. Cette dernière sera perçue comme menaçante. Craignant de perdre son identité, la personne refusera, plus ou moins consciemment de s’abandonner. Souvent la tension sera très forte et le rapport avec l’autre, superficiel, stéréotypé, trop prudent. L’intimité devient alors une sorte de fusion, appauvrissante, où l’on perd finalement le sens de ce qu’on est. Loin d’enrichir, elle appauvrit et débouche sur une dépendance excessive. Le mariage dans ces cas n’est pas une solution ou une garantie pour compenser un manque d’identité.

Le contraire de l’intimité, c’est l’isolement. L’isolement est très différent de la solitude. Une personne équilibrée peut vivre positivement des moments de solitude, et même accepter le fait qu’au fond, il y aura toujours un domaine très personnel, très intime, impartageable, incommunicable. Cet aspect de son être ne l’angoisse pas. Par contre, l’isolement c’est ou bien l’absorption dans l’autre et perte de soi, que nous avons décrite plus haut, ou la fuite qui est fermeture de soi (voir Timide? Deux outils de communication pour vous)

Ici, il faut bien distinguer la fuite du renoncement. Certaines personnes choisiront de ne pas avoir de partenaire amoureux. Si l’individu a déjà établi une identité forte, ce choix ne constitue nullement une fuite. Il choisit seulement d’autres engagements, d’autres causes, sans ressentir le besoin d’un projet à deux. Cependant, le choix de la solitude, n’est pas toujours un renoncement.

L’intimité véritable débouche, avec le temps, sur une relation forte, soutenante, impliquante et généreuse. Elle s’ouvrira sur des projets de vie plus larges, sociaux aussi bien que familiaux.

Vingt ans, vingt-cinq ans, c’est l’âge de changements profonds, aussi bien extérieurs qu’intérieurs. Ces choix s’enracinent profondément dans tout le développement antérieur. L’harmonie n’est donc pas gratuite. L’émancipation, l’autonomie, les choix professionnels, l’amour, le mariage, le désir d’enfant, les amis, le célibat, les loisirs, les nouvelles responsabilités, tout cela repose sur un développement intérieur, des remises en question nombreuses et nécessaires.

Finalement, avoir vingt ans et le début de la vingtaine n’est pas un âge d’or, malgré tous ses aspects positifs. Avec le temps, la personne s’enracinera davantage dans la vie, dans sa vie, pour en retirer beaucoup plus de satisfaction, et mesurer plus clairement ce qu’elle en retirera.
Vous en saurez plus ici sur les principaux stades de développement psychosocial.

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Marie Berube

Marie Bérubé pratique la psychologie depuis près de quarante ans. Elle est l'auteure de Être parent. Poser les bons gestes et co-auteure de Oser changer. Mettre le cap sur ses rêves.