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Motivation

pouvoir_de_ses_decisions

La puissance de vos décisions.

Par Marc Vachon, psychologue

Se motiver n’est pas chose facile. Chacun de nous pourrait nommer, sans problème, des dizaines de raisons extérieures, toutes plus valables les unes que les autres, qui font que de plus en plus de personnes, au travail ou dans les études, éprouvent de la difficulté à se mettre en train. Les coupures qui n’en finissent plus, les faillites, les restructurations, les licenciements, les conditions de travail qui empirent, un marché de l’emploi aux perspectives sombres, sont autant de facteurs qui alimentent non seulement les informations quotidiennes, mais qui créent, de façon insidieuse mais non moins réelle, un sentiment d’impuissance et une crise de la confiance à l’origine de climats pourris et tendus entre les individus, sans parler d’un état psychologique individuel destructeur.

Ces facteurs sont bien réels et incontournables, et offrent, pour la majorité d’entre nous, bien peu de prise, entretenant plutôt le syndrome de la victime, incapable de réagir, paralysée, aliénée, qui attend patiemment son tour à l’abattoir ou qui cherche à fuir dans des dérivatifs, parfois sains, mais souvent aussi dévastateurs.

Il n’est pas dans mon intention de condamner qui que ce soit, ni de sous-estimer l’importance de ces conditions qui font leur travail de sape sur les esprits des adultes que nous sommes et, par voie de conséquence, sur celui de nos enfants. Cependant, comme pour la plupart d’entre nous le travail continue et continuera à occuper une grande part de nos vies, qu’on le veuille ou non, j’aimerais vous faire part de quelques réflexions qui, je l’espère, vont vous aider à passer à travers ces années de vaches maigres en vous redonnant le sentiment d’être aux commandes au lieu d’être à la merci des événements.

Vous êtes démotivé? Ça veut dire quoi?

La motivation est un processus, et non une chose. Quand quelqu’un dit manquer de motivation pour faire son travail, que sa motivation s’est évanouie, qu’il a besoin d’une bonne dose de motivation, cela laisse croire qu’on peut s’en procurer comme on fait le plein d’essence lorsque le réservoir de notre automobile est à sec. De plus, c’est tellement général que ça ne veut rien dire. Il est donc primordial alors de questionner ces affirmations afin de les rendre plus concrètes et de savoir de quoi il s’agit vraiment, parce qu’une même phrase a des sens variés pour des personnes différentes.

Par exemple, pour une première personne, «avoir un gros problème de motivation» pourra signifier qu’elle a l’impression que son travail ne sert à rien, qu’elle aimerait se sentir plus utile. Dans ce cas, peut-être qu’une de ses valeurs importante n’est pas respectée ou encore qu’elle a des croyances négatives sur elle-même ou son travail.

Pour une autre personne, ne pas être motivé peut signifier concrètement qu’elle n’a pas d’objectif précis, de but à atteindre.

- Je n’ai plus de motivation pour mes études. Ça ne me dit plus rien! dira-t-elle.
- Qu’est-ce que tu veux dire concrètement?, pourrait-on lui demander.
- Je suis là, assis, en train d’écouter les profs, puis il me semble que ça ne sert strictement à rien.
- Tu ne vois pas l’utilité par rapport à ce que tu veux faire plus tard?
- Ouais...Si au moins je savais ce que je veux faire...

Pour une troisième, ne pas être motivé peut vouloir dire qu’elle a de la difficulté à entrer en contact avec les autres, qu’elle se sent à part, isolée.

- J’ai toujours voulu avoir ce poste, et maintenant que je l’ai, ça ne me dit plus rien! pourrait-elle dire.
- Qu’est-ce qui ne te dit plus rien?
- Aller au bureau.
- Qu’est-ce que tu te dis quand tu penses au bureau? Qu’est-ce que tu vois dans ta tête?
- Je me dis: Bon! Encore une journée à écouter les mémérages de tout le monde. Puis là, je vois la face du chef d’équipe, avec son air bête, qui se prend pour un autre.

Ou encore, pour d’autres, ne pas être motivé peut signifier qu’ils ne reçoivent pas les encouragements dont ils ont besoin, qu’ils ne trouvent pas de place pour exercer leur créativité dans leur travail, etc. Il est donc primordial d’abord que vous sachiez exactement ce que le terme général «démotivé» veut dire pour vous si vous voulez agir adéquatement.

Le sentiment d’impuissance

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il y a des situations et des événements que nous ne pouvons contrôler. Au niveau personnel et familial, personne n’est exempt de situations imprévues qui peuvent nous priver brutalement d’un être cher, de notre santé ou de celle d’un proche, d’une relation intime, etc. Mais à cela, il faut maintenant ajouter un nuage sombre et menaçant qui s’étend et plane sur la plupart des travailleurs et travailleuses, dans presque tous les domaines, et qui risque à tout moment, quand ce n’est pas déjà fait, de les priver de droits acquis et, pour plusieurs, même de leur emploi. Cette situation, qui s’accompagne d’un fort sentiment d’impuissance auquel les organisations syndicales ne nous avaient pas habitués, n’est pas sans me rappeler cette autre peur des années soixante qui avait aussi engendré un fort sentiment d’aliénation et de désengagement: la peur du conflit nucléaire.

Des phrases comme: De toutes façons, qu’est-ce que tu veux qu’on y fsasse... On est juste des numéros pour eux...C’est pas nous qui décidons... Je m’attend à ce que ce soit mon tour tantôt... On va y goûter... C’est déjà décidé d’avance!, sont monnaie courante. Elles reflètent bien un sentiment de perte de contrôle sur l’environnement, sans aucun doute une des sources majeures de démotivation, d’indifférence et même de dépression. Difficile en effet, dans ces circonstances, d’éprouver un enthousiasme débordant pour son travail ou même pour la vie en général.

Il est reconnu que, pour éprouver un sentiment de bien-être, l’individu a besoin d’éprouver un certain sentiment de contrôle sur l’environnement. La performance et l’efficacité, que ce soit au travail ou dans les études, sont en effet directement reliées au fait de se percevoir comme ayant du contrôle sur son milieu. Il est donc primordial d’alimenter ce sentiment, dans nos vies, là où nous le pouvons, en commençant consciemment à exercer un pouvoir réel que nous avons déjà: celui de décider.

L’antidote au sentiment d’impuissance

Trop souvent, nos vies sont riches en souhaits, et pauvres en décisions. Certains ont même de la difficulté à décider ce qu’ils vont choisir sur le menu. Et pourtant, si vous faites un petit inventaire de ce qui vous est arrivé d’important dans les dix ou vingt dernières années, vous constaterez qu’à l’origine, il y a eu de votre part une décision, qu’il s’agisse de choisir votre orientation professionnelle, d’avoir un conjoint, d’avoir ou non un enfant, d’acheter une maison, de faire un voyage, etc. Tout a commencé par une décision que vous avez prise à un moment ou à un autre. Or, c’est justement le fait d’exercer ou de ne pas exercer ce pouvoir de décider qui donne aux individus le sentiment d’être au contrôle de leur destin ou d’en être les victimes. En fait, prendre souvent, des décisions que ce soit pour des petites ou des grandes choses, est l’antidote parfait à l’impuissance.

Mais qu’est-ce que décider? Prendre une décision, ce n’est pas uniquement exprimer un souhait ou une préférence vague du genre J’aimerais sortir plus souvent! ou J’aimerais rencontrer plus de monde! ou J’aimerais changer d’emploi! Décider, c’est savoir ce qu’on veut et agir pour l’atteindre. Une vraie décision, contrairement à un souhait, implique donc une action, si petite soit-elle, une prise en charge. Vous aimeriez apprendre l’espagnol? Quand vous serez décidé à le faire, vous allez prendre les informations sur les cours existants et vous y inscrire. Vous aimeriez faire le ménage de la cave? Quand vous allez prendre la décision de le faire, vous allez mettre vos jeans et commencer. Vous aimeriez travailler à votre compte? Quand vous aurez vraiment décidé, vous poserez des gestes concrets pour vous amener dans cette direction.

De toutes façons, que vous vous en rendiez compte ou non, vous prenez instant après instant des centaines de décisions. Vous avez décidé de lire cette revue, de vous arrêter à cet article, d’allumer une cigarette, de boire un café, d’écouter tantôt les bavardages de corridor, etc... Nous exerçons sans cesse notre esprit de décision. Aussi bien alors le faire de façon utile et profitable, et non au hasard.

En fait, il y a quatre types de décisions que nous devrions tous prendre et qui nous redonnent un sentiment de pouvoir et de maîtrise: décider ce que l’on veut vraiment, décider ensuite ce qu’on va faire pour y arriver, décider la façon dont on veut interpréter les événements et, enfin, décider ce à quoi on va donner notre attention.

Décider ce qu’on veut vraiment

C’est banal, mais fondamental. Qu’est-ce que vous voulez vraiment, non seulement au travail, mais à tous les niveaux de votre vie? Voulez-vous retourner à l’école, faire du rafting, écrire un roman, apprendre le langage des sourds, faire du stock-car, faire de la couture, cuisiner thaïlandais, repeinturer la salle de bain, changer d’automobile, danser, lire le Financial Post?

Prenez une feuille et un crayon et faites une liste de tout ce que vous aimeriez améliorer dans votre vie. Sur le plan de votre développement personnel d’abord, qu’est ce que vous aimeriez faire pour vous sentir bien physiquement? Qu’est ce que vous aimeriez apprendre? Y a-t-il des peurs que vous aimeriez vaincre? Des habiletés que vous aimeriez acquérir ou maîtriser? Quels traits de caractère aimeriez-vous développer? Quelle sorte d’amis désirez-vous?

Sur le plan professionnel maintenant, il y a sûrement des choses que vous aimeriez faire ou changer, des habiletés ou des connaissances que vous voudriez acquérir, une spécialisation qui vous intéresserait plus particulièrement. Peut-être aimeriez-vous changer tout à fait de travail, vous diriger dans un autre secteur où vous auriez le sentiment de rendre un plus grand service, d’être plus utile, plus créateur, mieux payé, où vous auriez l’occasion de rencontrer d’autres personnes, dans un autre environnement.

Décidez maintenant, dans tout cela, ce que vous voulez vraiment faire, développer ou acquérir. Demandez-vous ce que vous voudriez absolument avoir fait, faites un ordre de priorité. Assurez-vous aussi que ce que vous choisissez respecte vos valeurs personnelles et celles des gens qui sont importants pour vous. Par exemple, la personne qui désire très fort travailler à son compte, mais qui valorise encore plus la sécurité, pour elle et sa famille, sera en conflit avec elle-même et trouvera probablement là l’explication à son hésitation à passer à l’action . Une autre pourra désirer augmenter ses revenus, mais en même temps valoriser davantage le plaisir, le bon temps passé avec des amis, le jeu, ce qui va probablement l’empêcher de mettre les efforts supplémentaires nécessaires pour y arriver. (voir note 1)

Décider ce qu’on va faire

Une fois que vous savez ce que vous voulez et que vos choix respectent vos valeurs, décidez d’une action positive que vous allez faire pour y arriver. Même le plus petit geste - un appel téléphonique, un rendez-vous, un plan initial - va vous faire avancer et vous redonner progressivement le sentiment d’être au contrôle. Écrivez donc une liste de choses simples que vous allez faire dès aujourd’hui et pendant les prochains jours. Je vous assure que toutes ces petites actions dans la direction de vos buts vont commencer à créer une chaîne d’habitudes qui va vous assurer le succès à long terme.

Si un de vos objectifs est d’apprendre l’ébénisterie, cherchez dès aujourd’hui dans les pages jaunes ou ailleurs les informations sur les cours, appelez et prenez rendez-vous. Le remède à l’impuissance, c’est sentir, à chaque jour, que vous faites quelque chose dans la direction de ce que vous voulez, peu en importe l’ampleur.

Si vous êtes de ceux et celles qui éprouvent de la difficulté à prendre de simples décisions comme le film que vous allez voir au cinéma, ce que vous allez manger aujourd’hui, le vêtement que vous allez porter, commencez à prendre des décisions rapides sur beaucoup de petites choses et agissez; on ne saurait sous-estimer l’importance de petites décisions sur le sentiment de contrôler sa vie et sur le bien-être psychologique qui s’ensuit. On commence d’ailleurs à s’en rendre compte dans plusieurs foyers pour personnes âgées dans lesquels on laisse plus de possibilités à l’initiative de chacun, avec le résultat que les personnes qui y habitent se sentent plus en vie, plus heureux, bref plus humains.

Et si vos actions ne donnent pas les résultats escomptés, au lieu de vous taper sur la tête ou de vous décourager, modifiez votre action. S’il fallait que l’enfant qui apprend à marcher décide de ne plus essayer parce qu’il est tombé, nous serions tous en fauteuil roulant aujourd’hui. Mais non! Il se relève, s’y prend autrement, retombe, recommence jusqu’à ce que marcher soit aussi facile et automatique que respirer.

Développez donc cette flexibilité qui vous permet de vous réajuster en cours de route. Comme celui qui fait de l’escalade, décidez d’abord de votre point d’arrivée puis partez dans cette direction. Lorsque vous rencontrez un obstacle sur votre route, évaluez la situation au lieu de vous décourager, de vous culpabiliser, d’abandonner ou de vous lancer dans le vide sans réfléchir. Peut-être vaudrait-il mieux modifier votre route, faire un détour à gauche, puis à droite, vous faire guider par un expert peut-être et, éventuellement, arriver en haut, là où vous vouliez.

Décider la façon d’interpréter les événements

Nous rencontrons tous des événements dans notre environnement qui nous obligent à nous adapter, que ce soit au travail, à la maison, à l’école ou ailleurs. Quel sens leur attribuez-vous? Les interprétez-vous d’une façon qui vous paralyse ou, au contraire, qui vous stimule? Sont-ils l’occasion d’entreprendre de nouvelles choses ou de vous écraser, désarmé?

La situation qui prévaut actuellement un peu partout dans le monde du travail, et plus particulièrement dans les milieux qui sont ou seront touchés par les compressions budgétaires, les coupures de postes et les restructurations de toutes sortes, n’est pas facile, loin de là. Elle bouleverse des familles, crée de l’insécurité, du désengagement, de la révolte parfois, et alimente un climat de morosité dont on se demande parfois s’il aura une fin. Et pourtant, dans tout cela, il y a des gens qui, aux prises avec les mêmes difficultés, réussissent mieux que d’autres à passer à travers celles-ci. Après avoir frôlé le désespoir, ils décident de mobiliser toutes leurs énergies et croient en leurs capacités.

Ne négligez pas l’importance capitale des croyances que vous entretenez sur vous-même, sur les gens qui vous entourent, sur ceux qui vous dirigent, sur la vie en général. Elles déterminent dans une très large mesure votre façon d’interpréter les événements, d’y réagir et éventuellement peuvent même provoquer ce que vous craignez le plus. Prenez le temps d’identifier quelques-unes de ces «certitudes» que vous avez à propos de vos capacités, de la réussite, du travail, de vos employeurs, de certains de vos confrères et consœurs de travail, de la réussite, du plaisir, du temps. Fruits de notre éducation, de nos expériences, de notre imagination aussi, elles déterminent dans une large mesure nos comportements, nos façons de penser et d’interpréter les événements qui se produisent.

Décider à quoi on accorde notre attention

Vous ne trouvez pas ça curieux d’entendre des gens se plaindre de la platitude (si vous me passez l’expression) d’un téléroman et de les voir continuer à l’écouter, semaine après semaine?

Vous ne trouvez pas ça contradictoire d’entendre des gens se plaindre du climat de travail infect et de les voir en petit groupe, dans les corridors, s’empresser d’écouter et d’alimenter les derniers ragots, les derniers potins sur un ou une telle?

Vous ne trouvez pas ça étrange d’entendre des gens se plaindre que tout va mal dans le monde, et de les voir se jeter en premier sur les mauvaises nouvelles?

Ne sous-estimons pas l’impact sur notre moral et, à fortiori, sur notre motivation, de ce à quoi nous prêtons l’attention. Il ne s’agit pas de nous isoler derrière une cloison hermétique d’indifférence, mais il faut parfois pratiquer volontairement une forme de protectionnisme intellectuelle. C’est une mesure de sécurité incontournable pour ceux et celles qui veulent survivre dans un climat particulièrement déprimant. Prenez donc la décision de vous défendre.

Conclusion

En terminant, n’ayez pas peur de vous tromper en prenant des décisions. C’est inévitable. Mais plutôt que de vous arrêter lorsque vous avez fait une gaffe, augmentez votre «moyenne au baton», si je puis dire, en augmentant le nombre de vos décisions. Ceux qui comptent le plus de buts au hockey ou au basketball sont ceux qui lancent le plus souvent, et non ceux qui attendent constamment l’occasion idéale.

Notes
  1. Pour une démarche plus élaborée qui s'appuie sur le bilan de votre vie personnelle et professionnelle, nous vous référons à notre livre Oser changer: mettre le cap sur ses rêves.

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