2

Maîtrise de soi, attention et réussite: des facteurs intimement liés

Maîtrise de soi et attention

Maîtrise de soi et attention: voilà deux facteurs qui semblent bien liés. Voyons comment.

Nous avons parlé, dans un autre article – Maîtrise de soi et réussite (1): le test de la guimauve – du lien entre la maîtrise de soi et la réussite. À ce sujet, nous avons rapporté les recherches de Walter Mischel avec des enfants de 4 ans qui indiquent que ceux qui sont capables de retarder le moment de consommer une friandise ont plus de chances de devenir des adolescents avec de meilleurs résultats scolaires, davantage capables de faire face à la frustration et au stress et ayant de plus grandes compétences sociales et cognitives. En résumé, retarder la satisfaction immédiate d’un besoin permet d’atteindre un objectif qui apporte de plus grandes gratifications.

Si, au départ, on a pu croire que la capacité à attendre des enfants dépendait de la force de leur désir pour une friandise, on s’est vite aperçu que d’autres facteurs déterminaient la maîtrise de soi. Et c’est là, à mon avis, que cette recherche devient intéressante, en ce qu’elle nous fournit des éléments, non seulement pour comprendre, mais pour appliquer dans l’éducation de ses enfants ou dans sa propre vie.

Maîtrise de soi et orientation de l’attention

Après des heures d’observation, Walter Mischel en est arrivé à la conclusion que les enfants capables de retarder leur gratification étaient capables de diriger leur attention ailleurs que sur la friandise. Plutôt que d’être obsédés par la guimauve ou le bonbon qu’ils avaient choisi, les enfants plus patients s »organisaient pour distraire leur attention. Ou bien ils se couvraient les yeux, ou ils faisaient semblant de jouer à la cachette sous la table ou ils chantaient des airs de Sesame Street. De cette façon, ils finissaient par oublier leur désir. Comme le rapporte le chercheur, « Si l’enfant pense continuellement à la guimauve et au fait qu ‘elle est délicieuse, alors il finit par la manger. La clé, c’est d’éviter d’y penser ». Les enfants qui ne parvenaient pas à attendre, de leur côté, semblaient penser que la meilleure façon de résister à la friandise consistait à la regarder fixement et à garder l’œil sur leur but. Mauvaise stratégie.

Mischel et ses collègues ont même observé de telles différences chez des bébés à peine âgés de 19 mois. En voulant étudier comment des bébés réagissent quand ils sont séparés brièvement de leur mère, ils se sont aperçus que certains se mettent tout de suite à pleurer en fixant la porte, alors que d’autres surmontaient leur anxiété en se distrayant eux-mêmes, en jouant par exemple avec des jouets.

La bonne nouvelle, c’est cette stratégie s’apprend et peut devenir chez plusieurs une seconde nature. Ainsi, quand les chercheurs prenaient un enfant qui n’était pas capable d’attendre même une toute petite minute, et qu’ils lui enseignaient quelques trucs, comme d’imaginer que la friandise n’était qu’une image ou un nuage, celui-ci améliorait significativement son contrôle de lui-même et pouvait attendre 15 minutes.

Volonté, maîtrise de soi et attention

D’après ces chercheurs, ce qu’on appelle volonté pourrait bien n’être que la capacité à diriger son attention. Si ces habiletés s’enseignent et s’apprennent, pour qu’elles s’installent et deviennent des habitudes, il faut qu’elles soient pratiquées encore et encore. Si l’enfant apprend ces stratégies à l’école, il faut qu’à la maison les parents appuient la démarche. Si l’enfant peut avoir tout ce qu’il veut, quand il le veut, comme c’est le cas bien souvent aujourd’hui, cette habileté à retarder la gratification ne s’installera pas. Les parents doivent encourager l’enfant à attendre, établir des rituels qui l’obligent régulièrement à retarder sa gratification et il faut que le jeu en vaille la chandelle pour lui. Par exemple, ne pas luncher avant le repas, économiser son allocation ou attendre à Noël avant de déballer ses cadeaux sont de bonnes stratégies d’apprentissage.

En terminant, retenons que cette stratégie d’orientation de l’attention a son intérêt même chez des adultes.

Pour partager
>