Les innovateurs: cinq façons de les reconnaître au travail

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NDLR: Cet article sur les innovateurs est une collaboration spéciale de Marc-Olivier Vachon, créateur, Président et Directeur général de AmigoExpress.com, une entreprise qui a amené le covoiturage à l’ère d’Internet. Nous avons donné ensemble, pendant plusieurs années, la très populaire conférence Bâtir des ponts entre les générations au travail. (MV)

La nécessité de l’innovation

L’innovation, qu’on le veuille ou non, est indispensable à la bonne santé de nos organisations. Pour vous en convaincre, prenez n’importe quelle industrie et posez-vous cette question: la façon de faire d’il y a dix ans serait-elle compétitive et optimale dans la réalité actuelle du marché?

La réponse est négative pour 99.9% des cas. Et si, par hasard, vous étiez tenté de répondre que votre secteur d’activité fait exception à la règle, Andrew S. Grove (1), ancien président d’Intel, décrit sans doute ce qui vous attend: la complaisance affecte souvent précisément ceux qui ont connu le plus de succès.

On la retrouve souvent dans les organisations qui ont développé le genre d’expertise parfaitement adaptée à leur environnement. Mais quand l’environnement change, ces organisations sont les plus lentes à réagir adéquatement. Comme quoi la Loi du Ferré © s’applique également aux entreprises. Comme je l’expliquais dans un autre article (Innovation et compétence: pas toujours bon ménage), cette loi stipule que, dans la très grande majorité des cas, notre capacité à innover dans un secteur d’activité est inversement proportionnelle au savoir-faire que nous y avons développé à travers le temps

Il suffit de bouquiner dans la section Affaires d’une librairie pour se convaincre que l’innovation n’est pas seulement l’apanage des compagnies pharmaceutiques et des jeunes entreprises technologiques, mais plutôt une nécessité de tous les jours pour toutes les organisations.

L’amélioration continue ou « soft innovation »

C’est particulièrement vrai dans l’amélioration constante des stratégies et des procédures qui sont le pain quotidien de chaque employé. En effet, lorsqu’une organisation brille par son efficacité et son professionnalisme, c’est plus souvent la conséquence d’une accumulation de petites améliorations opérées de façon constante que le fruit d’une initiative soudaine et prodigieuse.

Cette amélioration continue, qu’on la nomme kaizen ou soft innovation pour reprendre les mots de l’auteur Seth Godin (2), demande à ce que tous mettent la main à la pâte, pas seulement les gestionnaires.

Néanmoins, même si de nombreux livres s’étendent sur la nécessité d’implanter une culture d’innovation dans nos organisations, nous nous retrouvons le plus souvent démuni quant à la façon de procéder. Il est très difficile de métamorphoser un individu en innovateur et, à plus forte raison, un individu très compétent. Comprendre la nécessité d’innover, c’est déjà un grand pas en avant, mais notre nature a souvent le dessus sur nos intentions. La loi du ferré ne saurait être violée aussi aisément.

Le regard neuf des nouveaux arrivants

Mais voilà qu’arrive à la rescousse une ressource fabuleusement inexploitée: les nouveaux arrivants. Notez que nous écrivons les nouveaux arrivants et non uniquement les jeunes. La raison en est fort simple: toute personne qui est en mesure de poser un regard neuf sur les façons de faire est un innovateur potentiel, et ce jusqu’à ce que la Loi du Ferré © ne vienne inévitablement limiter sa vision périphérique.

Bien sûr, les nouveaux arrivants se présentent avec leurs expériences personnelles et, de ce fait, sont en mesure de proposer des innovations en rapport avec leur parcours antérieur. Mais ce n’est pas là, à mon avis, que se situe leur plus grand potentiel.

Contrairement aux gens en place depuis un certain temps, les nouveaux arrivants sont en mesure d’accomplir leurs tâches pour la première fois, d’essayer le système informatique ou d’analyser une procédure pour la première fois, etc. La fraîcheur de leur regard, bien que ce ne soit pas une qualité intrinsèque, constitue la toute première qualité de l’innovateur.

Ce sont eux qui verront en premier la nécessité d’améliorer tel aspect de leur travail, de repenser telle procédure, tout simplement parce qu’ils n’ont pas encore intégré les façons de faire de l’organisation. Ils sont, de ce fait, en contact direct avec le territoire, avec la réalité, n’ayant pas encore acquis cette résistance au changement héritée de la vision tunnel.

Comme je l’explique dans mon article précédent, si la vision tunnel simplifie incroyablement nos interactions avec le monde extérieur et nous conduit à l’excellence dans notre secteur d’activité, elle nous empêche de voir en périphérie, là où justement se trouve le plus souvent l’innovation.

Bien évidemment, le fait d’être nouveau, et que tout soit nouveau autour de soi, ne fait pas de nous un innovateur de génie, mais nous pouvons tout de même faire ces trois constatations :

  1. Il est très difficile de retrouver ce regard neuf après avoir acquis une certaine expérience;
  2. Les nouveaux arrivants sont ceux qui sont le plus susceptibles de nous faire voir le « troisième sentier » (voir mon autre article);
  3. Les entrepreneurs et les gestionnaires avisés savent tirer parti de cette ressource.

5 caractéristiques des innovateurs

Même si chacune des caractéristiques des innovateurs pourrait être l’objet d’un article, nous les évoquerons brièvement ici pour mettre en lumière un point important: peu de nouveaux arrivants peuvent à juste titre être considérés comme innovateurs. Autrement dit, seulement une poignée d’entre eux démontreront une aptitude dans chacune d’elles.

1- Les innovateurs posent un regard frais sur la réalité.

Il voit ce que les autres ne voient pas et peut envisager un problème sous un angle nouveau, avec moins d’a priori. Comme le dit le cliché, « il pense en dehors de la boîte. » Cette caractéristique est plus ou moins un acquis quand une personne vient tout juste d’arriver dans un milieu de travail, mais c’est la plus importante.

2- Ils voient les problèmes, mais aussi l’occasion.

En d’autres termes, les innovateurs sont orientés vers la solution. Nous avons tous, à un moment ou un autre, pesté contre un bogue informatique ou un manque flagrant d’information quand vient le temps d’accomplir une tâche bien précise. Mais voilà qu’un bon matin, le bogue a disparu ou qu’une procédure parfaitement systématisée est apparue dans les dossiers de la compagnie, facilitant la vie de tout un département. C’est qu’une personne orientée solution est passée par là.

3- Ils sont proactifs et ont la volonté de faire.

Les idées, en elles-mêmes, sont moins rares que l’énergie et le courage de les mettre en oeuvre, de les éprouver, de les ajuster. Voilà une vérité qui ne se dément pas. Dans le cadre de mes fonctions, il n’est pas rare que je reçoive un courriel d’une personne qui prétend détenir un concept pouvant propulser mon entreprise à des sommets inégalés et qui se dit disposée à échanger son idée contre du capital-actions.

Ma réponse ressemble à peu près à ceci: mon entreprise ne peut former un partenariat sur la base d’une idée, mais il est très clair pour nous qu’un collaborateur qui démontre un esprit d’initiative hors de l’ordinaire et l’énergie pour mettre en oeuvre ses idées mérite d’avoir sa part du gâteau et ce, moins dans le but de le récompenser que de nous allier un Wayne Gretzky. Suite à cela, personne ne nous a jamais donné de nouvelles…

4- Les innovateurs sont prêts à collaborer et ouverts à une forme d’encadrement.

On ne réinvente pas la roue et il y a beaucoup à apprendre de ceux qui nous ont précédé, ne serait-ce que la culture de l’entreprise et les zones de pouvoir pour évaluer les meilleures façons d’arriver à ses fins sans provoquer davantage de friction au niveau organisationnel.

Quelques mois après ma première formation sur les rapports intergénérationnels, que je donnais il y a quelques années, une jeune femme nous a écrit pour nous dire qu’elle se sentait privilégiée de pouvoir côtoyer les baby-boomers avant qu’ils ne prennent leur retraite, chance que n’auront pas les jeunes qui arriveront dans quelques années. Voilà une jeune femme intelligente.

5- Ils possèdent une intelligence émotionnelle certaine.

L’intelligence émotionnelle, ce sont tous ces aspects du savoir être dont l’innovateur aura certainement besoin pour rallier les autres à sa cause et vendre son idée, mais surtout pour palier au désenchantement qui guette lorsqu’on rencontre de la résistance, ce qui ne manquera pas d’arriver

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Vers la complémentaireité

Aborder les relations intergénérationelles en tenant compte de la tension innovation versus compétence, comme je l’ai fait dans cet article et le dernier, nous aide à caractériser les forces et faiblesses de chacun sans toutefois tomber dans les préjugés et les généralisations sur les différentes générations. Plus important encore, cette approche nous amène à poser des questions intéressantes sur les meilleurs façons de réaliser la complémentarité entre jeunes et moins jeunes au travail.

Par exemple, comment pouvons-nous attirer les innovateurs dans les organisations et, surtout, les retenir? Comment créer un climat de confiance où les idées nouvelles pourront être émises sans appréhension? Comment reconnaître les nouveaux arrivants qui ont les qualités de l’innovateur et encourager leur développement? À quoi reconnaît-on un bon mentor? (voir Qu’est-ce qu’un mentor?) Quelle est la meilleure façon de faire connaître la culture de l’organisation aux nouveaux arrivants? Comment en arrivons-nous à renouveler notre regard et, inversement, comment pouvons-nous rapidement transmettre la connaissance sans pour autant formater les esprits?

Une chose est sûre, c’est que l’innovation est plus abordable que jamais lorsqu’elle fait partie intégrante de la culture organisationnelle. C’est là qu’elle peut surgir d’elle-même suivant les initiatives personnelles de ceux qui lui prêtent vie, à savoir les employés. Et pendant que nous discuterons des caractéristiques des Y, des X et des baby-boomers, les innovateurs dont le potentiel n’est que peu ou pas exploité iront voir ailleurs si leur idées n’obtiendraient pas un meilleur accueil, à moins de taire cette petite voix qui les y incite et de devenir à leur tour des ferrés.
Notes

(1) GROVE, Andrew S. (1999). Only the Paranoid Survive: How to Exploit the Crisis Points That Challenge Every Company. CURRENCY, 240 pages.

(2) GODIN, Seth (2002), Survival Is Not Enough : Zooming, Evolution, and the Future of Your Company, FREE PRESS, 288 pages.

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Marc-Olivier Vachon
 

Créateur, Président et Directeur général de Covoiturage AmigoExpress Inc. qui a amené le covoiturage à l'ère d'Internet. Son entreprise est le lauréat OR 2014 de la Banque Nationale dans la catégorie PME de moins de 5 millions de chiffres d'affaires.

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