L’enfant agressif: 15 façons d’intervenir et de prévenir

Le parent ou l’éducateur qui veut intervenir correctement auprès d’un enfant agressif et éventuellement prévenir l’agressivité de l’enfant doit d’abord bien interpréter ce qu’il voit et en comprendre le sens et les causes. C’est ce que j’ai abordé dans mon article Crises de colère chez l’enfant: d’abord comprendre. Je m’attarderai ici sur les manières d’intervenir efficacement avec un enfant agressif, soit en créant de meilleures conditions éducatives, soit en adoptant des attitudes qui diminuent les comportements agressifs (voir note 1).

4 attitudes parentales pour créer de bonnes conditions de développement

Le rôle des parents est d’outiller l’enfant pour qu’il puisse relever aisément les défis que la vie ne manquera pas de lui soumettre. Jusqu’à l’adolescence, les parents se doivent de favoriser les grandes forces qui lui permettront de devenir un jeune adulte en pleine possession de ses moyens. Voici donc quatre attitudes parentales à développer.

1- Favoriser une sécurité de base chez l’enfant tout en évitant la surprotection, ce qui veut dire chaleur humaine, contact, prise en charge et attachement. Cela ne signifie pas qu’il faille à tout prix éviter la frustration ; elle fait partie de la vie. Encore faut-il utiliser son bon sens en tenant compte de l’âge de l’enfant.

2- Favoriser l’autonomie de l’enfant par une juste mesure de fermeté dans la tolérance. La discipline consiste à avoir peu de règles, mais que celles-ci soient claires. La routine de la maison est cette première discipline. Elle s’articule aussi autour de l’ordre et de la sécurité, des limites et des valeurs morales (auto-discipline). Le parent doit être capable de dire non. Le bébé recherche un encadrement, des limites. Il est capable d’accepter que ces limites varient d’un adulte à l’autre. Il faut être ni trop sévère, ni trop permissif. Le laisser-faire général provoque en général un sentiment d’abandon qui pousse l’enfant à rechercher l’attention. Dans ce cas précis, souvent l’agressivité de l’enfant dépend du fait qu’il ne se sent pas aimé.

3- Favoriser l’estime de soi. Le seul fait de s’intéresser à son enfant est un gage d’estime pour lui. Les récompenses pour un bon comportement sont supérieures en termes de réussite parentale que les punitions pour un mauvais comportement. Nous en parlerons davantage dans le prochain chapitre.

4- Encourager l’indépendance, le fait de faire des choses par soi-même. Bien sûr, donner les règles de conduite, les expliquer et renforcer les bons comportements.

15 manières d’intervenir auprès d’un enfant agressif

1- À qui appartient le problème. Avant d’intervenir à tort et à travers, je suggère une petite analyse personnelle, voire un examen de conscience. À qui appartient le problème? A-t-on vraiment créé les conditions idéales pour minimiser ce problème d’agressivité  de l’enfant? Est-on soi-même un modèle colérique ou agressif, par exemple en hurlant à son enfant d’arrêter de crier? Votre maison est-elle un endroit calme et adéquat pour l’âge de votre enfant? Offrezs-vous les outils nécessaires au bon développement?

2- Minimiser certaines conditions frustrantes. Parfois les parents sont si exigeants que leurs demandes s’apparentent à du harcèlement. Il faut savoir choisir ses combats, démêler ce qui importe vraiment de ce qui est, pour le moment, accessoire.

3- Diminuer le niveau de stress à la maison.

4- Ne pas récompenser les comportements agressifs, que ce soit pour avoir la paix, parce que cela vous amuse ou que vous êtes fiers du caractère que votre enfant démontre.

5- Si vous avez à punir un enfant agressif, que les punitions soient légères et non agressives ou vengeresses. Tentez d’explorer les autres techniques de modification du comportement comme le principe de satiété, d’extinction du comportement alternatif ou du renforcement négatif, techniques que j’explique en détails dans mon livre Être parent (chapitre 13: Les alternatives à la punition.)

6- Pensez à souligner et à récompenser à l’occasion les bons comportements.

7- Écoutez et valorisez la capacité d’exprimer verbalement sa colère. Comprendre les sentiments de l’enfant agressif le dispose aux explications rationnelles et fait souvent grandement diminuer la colère.

8- Pour le jeune enfant, il convient parfois de le distraire. Vous pouvez aussi à l’occasion choisir l’isolement: l’enfant agressif ou colérique, privé de son public, baisse vite de ton.

9- Pour l’enfant plus âgé, l’écoute est la meilleure attitude. Lui faire comprendre qu’il a droit à sa colère, mais avec une fermeté rassurante.

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10- Il ne faut pas toujours demander son avis à l’enfant, ni verser dans la négociation à n’en plus finir et l’argumentation stérile.

11- Donnez, selon son âge, de vraies responsabilités à l’enfant.

12- Dans la mesure du possible, tâchez d’être en accord avec le conjoint, surtout en ce qui a trait aux valeurs que vous privilégiez (voir le chapitre 17 de mon livre Les valeurs transmises à nos enfants).

13- S’adresser directement à l’inconscient de l’enfant agressif constitue une avenue intéressante pour faire diminuer l’agressivité. Les enfants débordent d’imagination et sont en général très réceptifs à ce genre d’intervention. Il existe sur le marché quantité de livres qui leur sont destinés et qui sont faits dans le seul but de leur enseigner une bonne conduite, de leur suggérer de bonnes valeurs morales. Certaines histoires, avec de bons modèles, suggèrent ou apprennent aux enfants des réponses différentes de celles qu’ils connaissent.

14- Il est possible aussi de raconter, sans la terminer, une histoire à laquelle l’enfant pourra lui-même apporter une conclusion créative. L’expression graphique et le théâtre de marionnettes peuventêtre également des exutoires intéressants pour libérer les tensions. Les activités sportives à grande dépense d’énergie, surtout en début de journée, agissent de la même façon sur l’enfant agressif.

15- L’alimentation n’est pas à négliger. Pour qu’elle soit moins excitante, il convient d’éviter le sucre, le chocolat, les boissons sucrées, les colorants, les additifs.

Conclusion

En terminant, mentionnons que les colères et l’agressivité de l’enfant ne préparent pas nécessairement celles de l’adulte si, comme parents ou éducateurs, nous posons les bons gestes pour les désamorcer. Par contre, plus vous cédez, plus vous renforcez le recours à l’agressivité pour obtenir un résultat ou tout simplement le respect des autres. Une fois cela établi, il devient très difficile de revenir en arrière, car la récompense obtenue est trop importante.

Il est utile aussi de souligner que l’attitude de fermeté adéquate avec un enfant de cinq ans ne l’est pas nécessairement avec celui de dix ou quinze ans. Cela pourrait être perçu comme un harcèlement, lui-même déclencheur d’agressivité et de rébellion. Comme parent ou éducateur, il convient d’avoir un répertoire de réponses variées nous aussi.

Finalement, s’il vous arrive à l’occasion de céder nous-mêmes à la colère, n’en faites pas un drame. Cela n’est pas une catastrophe et démontre tout simplement à l’enfant que vous n’êtes pas parfaits. Vous aurez à le reconnaître. L’enfant, généralement, est indulgent pour ce genre de débordement. Il peut le comprendre.

NOTE

  • Daniel Lambert, maître en psychologie, propose une méthode et un plan d’intervention pour aider les parents aux prises avec les crises de leur enfant. Vous en saurez davantage en cliquant ici.