Parler de ses rêves? Pas toujours la bonne chose à faire

parler de ses rêves

J’ai déjà pensé que parler de ses rêves ou d’un objectif qui nous tient à cœur pouvait agir comme un incitatif à m’engager plus avant dans son atteinte. Comme si les autres pouvaient être un élément de plus pour me motiver à agir. C’est d’ailleurs une recommandation que l’on entend régulièrement dans le monde de la motivation:  pour accroître votre engagement, rendez publics vos objectifs et vos rêves.

Cette idée est sans doute fondée en partie sur le fait que nous sommes sensibles (trop) à l’image de nous-mêmes que nous projetons et que nous ne voudrons pas éprouver le malaise d’être inconsistant devant les autres. Si cela semble logique en théorie, qu’en est-il dans la pratique?

Parler de ses rêves? Oui mais…

Personnellement, je ne crois pas qu’il soit bon de parler de ses rêves au départ, quand ceux-ci ne sont encore que des ébauches, des souhaits. En effet, les autres sont de façon générale assez enclins à nous faire voir ce qui ne fonctionnera pas, à nous offrir leurs objections. Leur intention est sans doute bonne, mais malgré tout, cela a souvent pour effet de nous ébranler, de nous mettre en doute, de nous faire reculer pour la simple raison que nous ne nous sommes pas encore engagés dans l’action.

Je crois aussi qu’il faut éviter les personnes qui voient toujours les exceptions en premier ou ce qui ne marche pas dans un projet et qui commencent leur phrase par Oui…Mais as-tu pensé à… ou encore Sauf que… Leur avis est peut-être précieux, puisqu’il nous  permet de prévoir les obstacles et de s’y préparer. Par contre, quand nos assises ne sont pas encore assez solides, ce sera nettement plus difficile et énergivore de répondre à leurs arguments.

J’attendrais pour dévoiler mes rêves que le mouvement soit enclenché, que le véhicule soit en marche vers son but, que le momentum soit créé. À ce moment, on est plus fort, plus convaincu, moins fragile.

Ce que révèle la recherche

Trois recherches effectuées au département de psychologie de l’Université de New-York (Gollwitzer PM et al.) ont voulu vérifier le lien entre le fait de parler de ses rêves et de ses objectifs publiquement et la motivation à passer à l’action. Les auteurs ont trouvé que le fait de parler de ses rêves publiquement pourrait avoir un effet contraire à celui recherché: cela réduirait notre engagement plutôt que de l’augmenter. Les participants aux études ont ainsi mis moins d’effort à saisir les opportunités d’avancement, à étudier ou à rechercher un nouvel emploi.

Les auteurs expliquent ce phénomène en avançant que le simple fait d’exposer aux autres nos objectifs nous donnerait le sentiment d’avoir posé un premier geste pour l’atteindre, alors qu’il n’en est rien. Ce mécanisme psychologique a été démontré par une autre étude des auteurs qui montre que les personnes qui ont pris des engagements publics ont le sentiment d’avoir davantage progressé que celles qui ne l’ont pas fait.

Rien ne vaut une vraie décision

Avec le recul, quand je regarde dans ma propre expérience, je constate aussi que la pression que l’on se met en s’ouvrant publiquement ne joue pas beaucoup, et peut même avoir un effet nocif, surtout quand notre décision n’est pas clairement prise. Rien ne peut remplacer la décision personnelle, ferme et entière, de s’engager sur sa propre route (la sienne, pas celle d’un autre ou de l’environnement social). Tant que cette décision n’est pas prise, la pression des autres est nulle ou au pire agira comme éteignoir sur un élan naissant.

Et, il faut bien admettre que, même si les personnes qui nous entourent n’ont ouvertement pas d’autre intention que de « vouloir notre bien », leur avis positif ou négatif n’exprime souvent que le fait que « notre bien » correspond ou ne correspond pas au leur. Par exemple, une personne qui nous conseille d’éviter un changement ou de modifier un objectif camoufle souvent le fait qu’en ce faisant, elle se sentira mieux. On réalise rarement ses objectifs personnels ou ses rêves en essayant de plaire à tout le monde et à son père. La première personne à qui l’on devrait plaire, c’est à soi-même.

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Décider ce que l’on veut.

D’où l’importance de décider vraiment ce que l’on veut faire, développer ou acquérir et de s’assurer que tout cela respecte nos valeurs personnelles. En effet, si je désire très fort travailler à mon propre compte, mais que je valorise encore plus la sécurité, pour moi et ma famille, je serai probablement en conflit avec moi-même et trouverai sans doute là l’explication à l’anémie de mon action.

Quand on décide ce que l’on veut profondément, on est alors davantage mu par une force qui vient de l’intérieur de soi, sur laquelle la réaction de l’entourage a moins de chance d’opérer. Décider vient d’ailleurs du mot latin caedere qui signifie couper, littéralement « couper de ».Avec une décision, on coupe un pont derrière soi pour avancer.

De plus, prendre une décision, ce n’est pas uniquement exprimer un souhait ou une préférence vague du genre J’aimerais changer d’emploi!  J’aimerais orienter ma vie autrement! J’aimerais avoir quelqu’un dans ma vie!  Une vraie décision, contrairement à un souhait, implique une action, si petite soit-elle.

Et il ne faut pas compter le fait de parler de ses rêves et de ses objectifs comme une action qui nous rapproche de ceux-ci. Ce qui nous semble un pas en avant serait plutôt un pas en arrière.  Ce qu’exprime sans doute la sagesse de ce proverbe québécois qui dit Grand parleur, petit faiseur.

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