Perception du changement: 3 filtres à connaître

Tout repose sur la perception du changement, entend-on souvent. Que ce soit pour gérer nos propres attitudes en situation de changement ou celles des autres qui sont concernés par celle-ci (en gestion par exemple), il convient donc de comprendre comment nous utilisons les filtres de la perception.

Nous percevons en effet la réalité par nos sens qui nous bombardent d’environ deux milliards de fragments d’informations à la seconde. Mais si l’on essayait de gérer ce flux de données, l’on deviendrait fou. Pour préserver notre santé mentale, nous devons donc filtrer les informations entrantes avant que le cerveau ne procède à un traitement et n’en génère une représentation, formant ainsi notre carte du monde unique qui nous permet d’avoir notre propre compréhension de la réalité. Le schéma plus bas illustre sommairement le trajet de la perception jusqu’au comportement.

Il y a trois processus particuliers qu’il faut connaître quand on veut comprendre la perception du changement, processus qui entrent en jeu pour la conservation des stimulis externes de notre environnement: la généralisation, la distorsion et la sélection. Ces processus agissent souvent à notre insu pour construire notre carte du monde (1). Ils font en sorte que, devant la nouveauté d’une situation, nous avons naturellement tendance à appliquer un programme connu, plutôt que d’en chercher un plus adéquat, de façon à éviter la recherche dérangeante et parfois souffrante d’un nouvel équilibre. Voyons-les brièvement.

Perception du changement

Perception du changement et généralisation

La généralisation permet d’étendre un nouvel apprentissage maîtrisé, lié à un événement du passé, à toute situation qui s’y apparente quelque peu. Par exemple, si vous avez appris le fonctionnement d’un clavier de type QWERTY (ou AZERTY selon le cas), vous n’aurez pas à refaire cet apprentissage à chaque fois que vous allez vous retrouver devant ce type de clavier. Vous allez généraliser cet apprentissage (qui est la référence) et retrouver tout de suite l’emplacement des touches là où vous vous attendez qu’elles soient. En un mot, vous êtes compétent. La généralisation nous épargne donc bien de l’énergie dans la gestion du quotidien. Mais elle peut aussi agir comme une limite importante.

Pour continuer notre exemple, imaginez que vous vous retrouviez plus tard devant un clavier de type AZERTY (ou QWERTY si vous êtes un habitué du QWERTY), sur lequel les touches ne sont pas placées au même endroit. La première réaction de votre cerveau face à cette situation nouvelle sera d’appliquer le programme qu’il connaît, de généraliser donc, mais sans nécessairement obtenir les mêmes résultats, puisque cette nouvelle situation requiert une nouvelle réponse de votre part. Vous pourrez même alors vous sentir incompétent.

Cette mécanique du cerveau rend plus difficile l’innovation et explique en partie la résistance au changement (sur la tension entre l’innovation et la compétence, voir La Loi du ferré). Voilà une des limites de la généralisation. Dans un autre ordre d’idée, supposons une situation passée (la référence) où vous avez éprouvé des doutes sur vous-mêmes face à la nouveauté (apprendre une nouvelle technique, une langue étrangère, parler en public, etc.). Avec le temps et la répétition, vous vous faites une opinion sur vous-mêmes, vous développez même des croyances fortes sur vos capacités ou non à gérer ces défis. Pas étonnant alors qu’une situation nouvelle génère, par généralisation, ce même sentiment de doute en vous. La généralisation est aussi le mécanisme en action derrière les préjugés.

Perception du changement et distorsion

La distorsion est une autre façon de fonctionner de notre cerveau et elle a fort à voir avec l’imagination et la créativité. Prenons l’exemple de l’entrepreneur paysager qui imagine tout le terrassement et l’aménagement de votre terrain alors que vous, vous ne voyez qu’un tas de terre et de cailloux: il fait de la distorsion. Même chose pour l’enfant qui imagine un monstre à la fenêtre parce qu’il a vu le rideau bouger. Amplifier ou minimiser l’importance de certains aspects de la réalité sont des processus créatifs. Mais ils peuvent également générer le pessimisme ou l’optimisme. On fait de la distorsion quand on exagère une conséquence possible d’un changement par exemple et qu’on étend cette perception à l’ensemble d’un changement envisagé. La rumeur est un bon exemple d’une conséquence possible ou imaginée qui va souvent susciter des états d’esprit négatifs qui se généralisent et qui, très souvent, n’ont aucun lien avec la réalité. Même si cela se passe dans l’imaginaire, la conséquence sur l’état émotif de la personne est la même car, rappelons- nous, le cerveau ne fait pas la distinction entre le réel et l’imaginaire.

LIRE AUSSI: Quiz: êtes-vous une personne positive.

Perception du changement et sélection

La sélection (ou l’omission) consiste, comme son nom l’indique, à choisir dans l’expérience un aspect en particulier et à ignorer les autres qui nuanceraient à coup sûr ma perception. C’est ce qu’on appelle le focus de l’attention. Par exemple, je choisis d’accorder mon attention à un désavantage ou à un inconvénient ou au contraire à un aspect positif. Si je trouve que le climat de travail est infect, il y a de bonnes chances que je sélectionne tout ce qui confirme cette perception et que je rejoigne ceux qui s’en plaignent aussi et qui alimentent les derniers ragots, les derniers potins. Si je crois que ça va mal dans le monde et que le pire est à venir, je vais sans doute me jeter en premier sur les mauvaises nouvelles. L’objectif de la sélection? Maintenir intacte ma carte du monde, la représentation que je me fais de la réalité. Et notre état d’esprit dépend en grande partie de ce à quoi l’on accorde notre l’attention, de ce que l’on sélectionne. Mais quand on en prend conscience, on peut changer volontairement le focus de son attention et, donc, changer son état d’esprit. Ne sous-estimons pas l’impact sur notre moral et, à fortiori, sur notre motivation, de ce à quoi nous prêtons attention.

Rappelons-nous, en terminant, que ces trois processus n’ont d’autre but que d’économiser l’énergie, de nous protéger de la quantité infini d’information et d’appliquer un programme connu à une nouvelle situation, en espérant que ce programme sera aussi performant aujourd’hui que dans le passé. Mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

(1) Pour en savoir plus, voir Psychologie du changement: un livre pour vous faciliter la tâche

Marc Vachon
Suivez-moi

Marc Vachon

Psychologue, auteur et conférencier passionné par la communication et la recherche de moyens pratiques pour être heureux et traverser activement les changements. Il est co-auteur de Oser changer. Mettre le cap sur ses rêves et prépare la sortie d'un prochain livre sur le lâcher-prise.
Marc Vachon
Suivez-moi