Passage à la retraite: comment se préparer psychologiquement à ce changement

Le passage à la retraite: certains en rêvent, d’autres l’appréhendent. C’est une étape importante qui met à l’épreuve nos capacités d’adaptation. En effet, partir à la retraite nous oblige et oblige aussi notre entourage immédiat, à trouver des moyens nouveaux pour rétablir un équilibre momentanément rompu.

Personnellement, je n’ai jamais aimé le terme retraité, même si j’en suis un. Sans doute parce que je n’ai jamais aimé les étiquettes, mais aussi parce que c’est souvent synonyme de vieux, d’inutile et de joueur de golf (et je ne joue pas au golf). J’aime mieux dire que je suis passé à d’autres projets.

Le passage à la retraite est un changement qui modifie notre fonctionnement habituel et nos habitudes de vie. Voyons donc comment on peut traverser activement cette période de transition.

Quelques changements parmi d’autres

Bien sûr que la modification à la baisse des revenus qui seront disponibles constitue pour plusieurs le changement le plus important, surtout s’ils ne peuvent compter sur une rente de retraite confortable. Sans vouloir minimiser cet aspect, l’ajustement le plus déterminant, c’est le passage d’une période de la vie où la plus grande partie de notre temps et de notre énergie était consacrée au travail, à une autre qui ne l’est plus. La structuration du temps n’est donc plus la même.

Pour tous ceux qui se définissent par leur travail ou leur profession et qui en retirent du prestige,de la reconnaissance, du pouvoir, le passage à la retraite implique des deuils et un réajustement de leur identité. Les impacts sur le réseau des relations sociales et la relation de couple peuvent aussi être importants, tout cela sur un fond de vieillissement de la personne, d’amoindrissement éventuel des capacités physiques, parfois même de la santé.

Quelques étapes du passage à la retraite

1- La lune de miel

Même si j’étais relativement maître de mon horaire lorsque je donnais des conférences et des formations, je ne peux nier que, depuis que j’ai cessé, je ressens beaucoup de plaisir à étirer mes cafés du matin, en parlant de tout et de rien avec ma Dulcinea, en lui partageant les dernières nouvelles pendant qu’elle tricote. Il n’y a plus d’urgence et il m’arrive même (plaisir coupable) d’avoir une pensée pour tous ceux qui sont pris dans les bouchons de circulation. On pourrait dire que je suis en vacances prolongées. Du temps pour soi, pour ceux qu’on aime.

C’est encore plus vrai pour les personnes qui travaillent avec un horaire fixe, et qui n’ont que quelques jours de vacances par année. Cette lune de miel est souvent très occupée, très active: on peut enfin faire tout ce qu’on remettait par manque de temps (réparations, loisirs, etc).

2- Ouin… et après?

Après avoir joué au golf (…), fait du vélo, de la randonnée, en bref après pris du bon temps autant qu’on le souhaitait, arrive ce moment où on se dit: ouin… et après? C’est encore plus vrai si notre travail n’était pas seulement un moyen de subsistance et qu’il satisfaisait des besoins importants. Si notre travail nous permettait de nous sentir utile, de recevoir de la reconnaissance de nos pairs, d’entretenir des rapports amicaux avec les autres, d’avoir de l’influence, d’exercer notre créativité, de grandir, d’apprendre, de nous réaliser, de donner un sens à notre vie, il faut maintenant trouver des manières différentes de satisfaire ces besoins, sous peine d’être malheureux. C’est le grand défi de cette étape. Ce n’est pas parce qu’on prend une retraite que ces besoins ne sont plus importants; ils font partie de nous.

Je me souviens avoir vécu une sorte de vide pendant un certain temps, cherchant ce qui allait maintenant donner du sens à ma vie. C’est bien beau faire du bricolage, de la poterie, voyager et d’être disponible à mes petits-enfants, certains de mes besoins importants n’étaient pas satisfaits. Quand ça m’est arrivé, j’ai refait l’exercice des 7 besoins (Vous allez retrouver cet exercice ici.) Cela m’a permis d’évaluer à nouveau leur satisfaction, de comprendre les sentiments un peu désagréables qui m’habitaient depuis un certain temps et de formuler de nouveaux objectifs.

3- Une vie nouvelle

Que voilà une période stimulante pour qui se met en recherche, même si elle peut aussi générer de l’anxiété, de l’insécurité parce qu’il faut réinventer, créer du nouveau. Mais cette étape peut être formidablement créative, l’occasion de projets nouveaux, de développer ses potentialités, surtout si la santé est au rendez-vous. Et pourquoi pas l’occasion de réaliser de vieux rêves ou de nouveaux.

Quand je donnais des conférences et que je disais qu’on peut rêver à tout âge, j’ai souvent eu des objections de la part de gens plus âgés qui me disaient qu’en vieillissant, ils ne rêvent plus. Dommage. Avoir des rêves et s’activer dans des projets rend non seulement vivant, mais constitue aussi une source d’inspiration pour les autres, les plus jeunes entre autres. Cela va de pair, bien sûr, avec une évaluation plus réaliste des choix qui s’offrent à nous.

Petit inventaire de vos idées toutes faites

Je le répète souvent, mais je pense que dans tout changement, il faut être très attentif à ses émotions. Elles nous donnent constamment l’heure juste sur ce qui se passe en nous, sur nos insatisfactions.

Et les émotions plus désagréables de cette période sont souvent le résultat de croyances assez paralysantes que nous entretenons. Regardez dans la liste qui suit, et voyez si vous n’entretenez pas quelques-unes de ces idées liées à la retraite:

  • La retraite est une mort sociale.
  • Le pire est à venir.
  • On finit tous par souffrir d’incapacité mentale.
  • Mon identité est liée à mon rôle (je suis médecin, enseignant, avocat, entrepreneur…)
  • Je ne sers plus à rien; ça ne sert à rien d’entreprendre quoique ce soit. Je suis trop âgé pour entreprendre.
  • Il y a un âge pour apprendre, et je l’ai dépassé.
  • À mon âge, on ne peut plus changer.
  • J’ai fait mon temps.
  • On ne peut plus s’épanouir au-delà d’un certain âge.
  • Il n’y a rien que je puisse faire.

Voici quelques croyances à entretenir:

  • Le temps de la retraite en est un pour la nouveauté, la disponibilité, la découverte, le développement personnel.
  • C’est un temps pour profiter au maximum de tous les aspects de ma vie, pour me retrouver.
  • J’ai peut-être fini de travailler pour gagner ma vie, mais je n’ai pas fini de grandir.
  • La retraite est un temps pour vivre consciemment dans le présent.
  • J’ai maintenant le plus grand bien qui soit : le temps.
  • Le temps de la retraite est propice pour me remettre à l’écoute de moi-même et de mon expérience.
  • C’est dans le service que je vais découvrir mon identité.
  • J’ai tout ce qu’il faut. Si je n’ai pas les ressources, quelqu’un les a, quelque part, et je peux m’en servir.
  • Il n’y a pas de réussite durable si je ne m’engage pas à améliorer sans arrêt la qualité de ma vie.

Le couple

C’est certain qu’à cette période de la vie, les zones personnelles et collectives sont modifiées et c’est important de les réaménager. Les tâches et les rôles se modifient et le partage doit se faire pour le bénéfice de chacun. Les habitudes changent, il faut les redéfinir dans un nouvel espace, dans un nouvel horaire et se rappeler que chacun a besoin de son territoire, de son espace pour éviter les tensions.

Il se peut aussi que des désirs personnels se vivent au détriment du bien commun. C’est donc capital de développer de nouveaux centres d’intérêt partagés et de se fixer des objectifs communs, sinon on s’isole chacun de son côté. Cela permet également d’enrichir nos échanges qui, avant, étaient alimentés surtout par la vie de travail.

Le réseau social

Pour ce qui est du réseau social, il se modifie par la force des choses. Ce n’est pas une mauvaise idée de prévoir des nouvelles ressources pour le support, l’entraide, la solidarité, la reconnaissance, le plaisir.  Certains voudront rester en contact avec des gens du milieu de travail ou d’autres retraités, en prenant un repas à l’occasion avec d’anciens collègues, en participant au club social, en participant à des activités.

D’autres voudront enrichir leur réseau en s’inscrivant à des cours ou en faisant du bénévolat dans des groupes associatifs par exemple. Quoiqu’il en soit, c’est certainement plus gagnant d‘aller aux autres que d’attendre passivement qu’ils viennent à nous.

La Dr. Suzanne Richards de la University of Exeter Medical School a fait une revue systématique de 40 recherches menées ces 20 dernières années et a trouvé que le bénévolat est non seulement bon pour la santé mentale (plus faible probabilité de dépression chez les personnes qui s’y engagent), mais qu’il augmente le bien-être général de la personne et même sa longévité.

Plusieurs raisons expliquent sans doute ces résultats. Pour faire du bénévolat, vous devez sortir de chez-vous, bouger, ce qui vous rend plus fort physiquement. De plus, le bénévolat favorise les interactions sociales, vous permet de rencontrer d’autres personnes, de vous faire des amis, de sortir de votre isolement et peut même donner un sens à votre vie.

Pour terminer

Si de plus en plus de gens se préoccupent de préparer leur retraite en investissant leur argent dans des produits financiers qui les mettront à l’abri du besoin, rappelez-vous qu’il est tout aussi important de vous préparer psychologiquement à cette période de transition, et parfois de crise, afin de pouvoir vieillir en beauté. Et si vous croyez que le bonheur est associé à la jeunesse et à l’âge mûr, les recherches démontrent plutôt que c’est entre 65 et 85 ans qu’on serait le plus satisfait de son existence. Voilà de quoi rassurer ceux qui voient avec horreur leur vieillissement.

Marc Vachon
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Marc Vachon

Psychologue et auteur passionné par la communication et la recherche de moyens pratiques pour être heureux et traverser activement les changements. Il est co-auteur de Oser changer. Mettre le cap sur ses rêves et de Lacher prise. Prendre de l’altitude.
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