Pleine conscience, bonheur. Ce qu’en dit la psychologie positive

Quand j’étais étudiant en psychologie, dans les années 1970, je m’intéressais à de nouvelles approches en psychologie qui, au lieu d’étudier les personnes névrosées ou malades pour comprendre comment est faite la personne humaine normale, proposaient plutôt d’étudier les personnes les plus saines. Abraham Maslow – bien connu pour sa pyramide des besoins et considéré comme l’initiateur de la psychologie humaniste – a été un des premiers psychologues à s’interroger sur l’accomplissement de soi et est certainement un des précurseurs de la psychologie positive qui, depuis une dizaine d’années, fait de nombreuses recherches sur les personnes heureuses et les conditions au bonheur.

Dans la courte vidéo qui suit (9’16”), Ronald K. Siegel, psychologue clinicien et professeur de psychologie à la Harvard Medical School, nous parle de psychologie positive et de pleine conscience (Mindfulness) et répond à ces questions:

  1. Qu’est-ce que la psychologie positive? (00:01-00:50)
  2. Pourquoi le bonheur est-il si difficile à réaliser? (00:50-01:57)
  3. Quelles sont nos idées erronées sur la façon d’être heureux? (01:59-04:22)
  4. Quels sont les principaux moyens de parvenir au bonheur? (04:25-06:14)
  5. Qu’est-ce que la pleine conscience? (06:15-07:31)
  6. Comment pratiquer la pleine conscience? (07:32-09:16)

La vidéo est en langue anglaise, mais très facile à comprendre. Mais si vous préférez, j’ai traduit la vidéo (voir plus bas).

1- Qu’est-ce que la psychologie positive? (00:01-00:50)

Une nouvelle approche de la psychologie qui étudie scientifiquement ce qui rend une personne heureuse. Traditionnellement, la psychothérapie essayait de ramener une personne du niveau -5 au niveau 0. Comme disait Freud, le but de la psychanalyse n’était-il pas de convertir la misère hystérique en malheur ordinaire? La psychologie positive se demande si on peut aller plus loin et comment y arriver.

2- Pourquoi le bonheur est-il si difficile à réaliser? (00:50-01:57)

Pour plusieurs, le bonheur est insaisissable et comme un fugitif après qui on court et que l’on a de la difficulté à rattrapper. C’est probablement parce qu’on n’a pas évolué dans le but d’être heureux. Quand on pense aux forces de l’évolution des espèces, elles sont orientées vers la sélection d’organismes capables de se reproduire, de créer d’autres organismes qui vont grandir et se reproduire à leur tour. Ce processus ne se préoccupe pas du fait que ces organismes aient ou non du plaisir en cours de route ou qu’ils apprécient leur vie. Beaucoup des mécanismes qui nous permettent de survivre sont se retrouvent dans le fait de penser au futur, de se remémorer les mauvaises choses du passé, d’anticiper le pire qui peut arriver… Tous ces mécanismes contribuent souvent à nous rendre malheureux.

3- Quelles sont nos idées erronées sur la façon d’être heureux? (01:59-04:22)

Les être humains ont beaucoup de difficulté à prédire ce qui les rend heureux et ont plusieurs croyances erronées à ce sujet. En voici quelques-unes que les recherches en psychologie positive ont contredites :

  • Je serais heureux si j’étais riche. Or, les gens riches ne sont pas plus heureux que les gens de la classe moyenne.
  • Je serais heureux si je redevenais jeune. Or, quand on échantillonne quotidiennement l’expérience des personnes plus âgées, on s’aperçoit qu’elles ont beaucoup plus de moments de bonheur que les plus jeunes.
  • Je serais heureux si j’avais des enfants, une famille. Même si les parents aiment leurs enfants, les recherches sur l’humeur des parents pendant la journée démontrent que la plupart d’entre eux ne sont pas plus heureux en prenant soin de leurs enfants qu’en faisant autre chose.

4- Pourquoi est-il parfois difficile d’être heureux?

Il semble que, génétiquement, nous ayons tous un seuil du bonheur auquel nous revenons, peu importe s’il nous arrive de bonnes ou de mauvaises choses dans notre vie. Quand s’accomplit ce qu’on pense qui nous rendra heureux, après un certain temps on s’y habitue et cela ne suffit plus à nous rendre heureux. Par exemple, quand on interroge les gagnants à la loto un an après leur gain, ils ne sont pas plus heureux que ceux qui ont perdu.

Les études en psychologie positive s’orientent davantage sur les facteurs de bonheur qui sont plus durables, qui ne créent pas d’effet d’habituation et qui persistent dans le temps.

5- Quels sont les principaux moyens de parvenir au bonheur? (04:25-06:14)

Les recherches ont identifié cinq grandes avenues au bonheur.

  • Utiliser ses forces régulièrement, particulièrement ce qu’on nomme vertus: notre sens de la sagesse, de la justice, notre curiosité, notre compassion pour les autres… en fait ce que les grandes philosophies et religions ont toujours trouvé important d’entretenir.  On est plus heureux quand on introduit ces forces dans nos vies quotidiennes. (voir note 1)
  • La seconde implique la gratitude, le fait d’apprécier ce que l’on a et d’exprimer cette appréciation à soi-même et aux autres personnes qui ont été aimantes, généreuses, bonnes avec nous.
  • La troisième concerne le fait de savourer chaque instant, de ralentir, de prendre le temps de sentir la rose, noter ce qui se présente à chaque moment dans nos vies, ne pas toujours se presser en avant.
  • En lien avec cela, il y a la notion d’engagement  souvent appelé le flux (en anglais flow). Cela signifie être engagé dans une activité, sans nécessairement être conscient de soi ni être à la recherche d’un objectif extérieur à soi, mais pour le processus ou l’expérience comme tel. Les athlètes réfèrent souvent à cela en disant être dans la zone. 
  • La dernière avenue consiste à vivre une vie qui a du sens et cela se traduit souvent dans le fait de faire des choses pour les autres. Ça peut être faire quelque chose pour l’environnement, pour aider d’autres personnes de façon plus étroite… servir les autres semblent être très important pour un bonheur durable.

pleine conscience 6- Qu’est-ce que la pleine conscience? (06:15-07:31)

La pratique de la pleine conscience (Mindfulness) est très intéressante parce qu’elle permet d’augmenter les facteurs dont on vient de parler qui contribuent au bonheur durable. C’est une technologie en quelque sorte qu’on peut apprendre pour changer notre relation avec notre expérience présente, minute par minute. Cela favorise donc l’expression de nos forces (vertus), la capacité d’apprécier, permet de savourer davantage le moment, de vivre une vie remplie de sens et de s’engager dans l’expérience. En quelques mots, pratiquer la pleine conscience, c’est être présent à son expérience et accepter ce qui se présente. C’est prendre conscience de son expérience et l’accepter telle quelle (voir note 2).

La plupart des gens vont dire qu’ils sont présents à leur expérience, qu’ils l’acceptent et qu’il n’y a rien de spécial là-dedans. Mais quand vous commencez à regarder avec attention le fonctionnement de votre esprit, ce que permettent de faire les techniques de pleine conscience, les techniques de méditation, vous réalisez que la majorité du temps, vous pensez soit au passé, revivant des scénarios de ce qui s’est passé, soit au futur, imaginant ce qui s’en vient. C’est plutôt inhabituel d’être simplement dans le présent, dans l’ici et maintenant. C’est une habileté qui s’apprend et, quand on le fait, cela ouvre de multiples possibilités pour le bonheur humain.

7- Comment pratique-t-on la pleine conscience? (07:32-09:16)

Il  y a plusieurs façons de cultiver la pleine conscience. On comprendra mieux en faisant une analogie avec l’entraînement à la bonne forme physique. Il y a plusieurs manières simples d’être en bonne forme: on peut simplement modifier légèrement sa routine pour utiliser un peu plus son corps. Par exemple en prenant l’escalier au lieu de l’ascenseur, se rendre à son travail en bicyclette au lieu de l’auto ou stationner sa voiture un peu plus loin que d’habitude. De la même façon, pour la pratique de la pleine conscience, on peut faire sa routine habituelle mais de manière plus consciente. Par exemple, en se levant le matin, on peut porter plus attention à ce qu’on ressent en brossant ses dents. En prenant sa douche, on peut porter attention à toutes ces gouttes d’eau qui caressent votre corps et voir ce qu’on ressent. Et on peut continuer toute la journée, que ce soit en conduisant au travail, en promenant le chien, etc.

Si vous voulez vraiment posséder une excellente forme physique, vous voudrez peut-être prendre du temps pour aller au gym, donc prendre du temps en dehors de votre routine habituelle pour cultiver votre santé physique. De même, vous voudrez prendre du temps en dehors de votre routine pour cultiver la pleine conscience, en pratiquant des exercices formels de pleine conscience, ou si vous préférez des techniques de méditation. Dans la méditation, en prenant conscience d’un objet en particulier et de sa sensation – que ce soit la sensation de la respiration, les mouvements du ventre quand on respire ou la sensation de nos pas au sol en marchant lentement – et en ramenant gentiment son attention à ces sensations et au moment présent quand nos pensées s’en vont dans le futur ou le passé, avec le temps on développe une pratique de la pleine conscience qui étend ses effets sur tout le reste de notre vie.

Notes:

  1. Pour le Positive Psychology Center, les vertus et forces morales mises en avant sont : amour et travail, courage, compassion, résilience, créativité, curiosité, intégrité, connaissance de soi, modération, contrôle de soi, sagesse. Les valeurs collectives et idéaux sociaux sont : justice, responsabilité, civisme, parentalité, soutien, éthique professionnelle, leadership, esprit d’équipe au travail, projet et tolérance. (Extrait de Wikipedia)
  2. Pleine conscience: “État de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans juger, sur l’expérience qui se déploie moment après moment”. Kabat-Zinn, 2003.
  3. Pour apprendre la méditation de pleine conscience dans le confort de votre foyer, nous vous proposons le cours Méditer aujourd’hui. Cliquez ici pour en savoir davantage.
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