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Maîtrise de soi et réussite (1): le test de la guimauve

Quel est le lien entre la maîtrise de soi et la réussite? Dans un article intitulé Réaliser ses rêves: huit stratégies, nous avons déjà parlé de facteurs importants qui contribuent à leur atteinte :

  • Rêver grand et s’enthousiasmer.
  • Planifier.
  • Passer à l’action.
  • Prendre la responsabilité de ce qui nous arrive.
  • Apprendre à utiliser nos émotions.
  • Savoir s’entourer.
  • Surtout, être patient.

Attardons-nous donc à ce dernier élément. Il faut bien reconnaître que nous vivons à l’ère de l’instantané, du presse-bouton, de la vitesse, des diètes miracles, de la satisfaction immédiate de nos désirs et de l’illusion de la réussite. La publicité et les médias nous offrent leurs miroirs aux alouettes et nous laissent croire que la vie est une succession ininterrompue de moments de joie et de jouissance. On a l’impression qu’il est possible d’apprendre sans effort, de devenir riche et célèbre instantanément, de soulager rapidement des symptômes sans agir sur les causes profondes.

Il y a une réalité avec laquelle on ne peut pas tricher : réaliser ses rêves demande de la persévérance et de la maîtrise de soi. Ce discours n’est pas très populaire dans la culture de la facilité qui est la nôtre. Mais il faut savoir que le chemin qui conduit au succès est long et qu’il comporte son lot de progrès et d’embûches, ses moments de joie, d’ennui et de découragement. D’où l’importance d’apprendre à apprécier le processus qui nous y conduit.

Comme le soulignait en entrevue David Saint-Jacques, en parlant de son nouveau métier d’astronaute : « Je le compare toujours à celui d’alpiniste. C’est le fun d’être en haut d’une montagne, mais tu es là dix minutes. Les grimpeurs heureux sont ceux qui aiment préparer leur mission, rencontrer des gens, regarder des cartes. » (GERVAIS, Lise-Marie (2009). Un décollage parfait. In Le Devoir. Édition du lundi 25 mai 2009. Entrevue avec David Saint-Jacques, médecin au Nunavik, qui a réalisé en mai 2009 son grand rêve d’enfance de devenir astronaute pour l’Agence spatiale canadienne.)

Lien entre réussite et le fait de remettre à plus tard sa gratification.

Ce qui nous amène aussi à parler d’une caractéristique des gens qui réussissent : leur volonté de retarder la satisfaction immédiate pour avancer en direction d’un objectif qui apportera des gratifications plus grandes. Pendant de nombreuses années, les psychologues ont considéré l’intelligence comme la variable la plus importante pour prédire le succès d’une personne plus tard dans sa vie. Mais l’intelligence est largement tributaire de la maîtrise de soi : même les élèves les plus brillants doivent faire leurs devoirs et apprendre leurs leçons.

Dans une recherche sur la relation entre la maîtrise de soi et la moyenne des résultats scolaires d’élèves de huitième année, Angela Lee Duckworth, de l’Université de Pennsylvanie, a trouvé que la capacité d’un élève à retarder une gratification permet de prédire la performance académique d’un élève bien mieux que son niveau intellectuel. L’intelligence est importante, rapporte-t-elle, mais pas autant que la maîtrise de soi.

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Maîtrise de soi et marshmallow…

Dans une autre recherche (Mischel, W., Shoda, Y. et Rodriguez, M.I. (1989). Delay of gratification in children. In Science, Vol. 244, no 4907, 933-938), Walter Mischel, professeur de psychologie à Stanford, s’est intéressé à cette variable. Dans une expérience que plusieurs connaissent maintenant sous le nom d’expérience du marshmallow (guimauve), un expérimentateur invitait des enfants de quatre ans dans une salle de jeu et leur proposait de choisir une friandise dans une boîte (biscuit, pretzel, guimauve…). Puis, il faisait cette offre à l’enfant : soit qu’il mange sa friandise tout de suite ou encore, s’il voulait attendre pendant que l’expérimentateur quittait la salle quelques minutes, il pouvait en avoir deux à son retour. Et si l’enfant sonnait une cloche sur un bureau pendant son absence, il reviendrait en courant pour qu’il puisse manger sa friandise, mais alors il n’aurait pas la deuxième. Puis l’expérimentateur quittait la salle.

Si vous désirez voir la réaction de quelques enfants, vous pouvez tout de suite vous rendre à la vidéo à la fin de cet article. Mais si vous remettez la gratification de ce désir à plus tard, vous saurez que les résultats de cette expérience souvent répétée montrent qu’environ 70% des enfants mangeaient leur friandise presque tout de suite. La plupart ne se donnaient même pas la peine de sonner la cloche. Environ 30% retardaient le moment de leur récompense jusqu’au retour de l’expérimentateur quinze minutes plus tard. Ils avaient trouvé un moyen de résister à la tentation.

Désirant vérifier le lien entre la capacité à retarder sa gratification et la performance académique de ces mêmes enfants rendus à l’adolescence, le chercheur Walter Mischel envoya un questionnaire aux parents, aux professeurs et aux conseillers pédagogiques de 653 enfants ayant participé à l’expérience. Son analyse des résultats démontre que les enfants qui sonnaient rapidement la cloche étaient plus susceptibles d’avoir des problèmes de comportement à l’école et à la maison. Ils éprouvaient plus de difficulté à affronter des situations stressantes et avaient souvent des problèmes d’attention. Les enfants de 4 ans capables de retarder plus longtemps le moment de leur récompense se présentaient maintenant comme des adolescents ayant des compétences sociales et cognitives. Ils obtenaient de meilleurs résultats scolaires et étaient davantage capables de faire face à la frustration et au stress.

Ce serait facile d’épiloguer sur les méfaits d’une société orientée sur la gratification immédiate des besoins. Mais il nous semble plus intéressant de nous concentrer sur ce qui détermine le contrôle de soi. Comment les enfants qui réussissent à retarder leur gratification immédiate s’y sont-ils pris? Nous aborderons ce point dans cet autre article: Maîtrise de soi et attention.

En attendant, vous aimerez sans doute regarder cette vidéo dans laquelle le conférencier-motivateur Joachim De Posada décrit l’expérience et explique que souvent, dans la vie, quand on attend, notre succès est encore plus grand. Attendez de voir le visage des enfants et leurs mimiques. C’est tordant ! (sous-titres en français disponibles).

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