Stress et pensées négatives: une paire explosive

Il y a de forts liens entre stress et pensées négatives, celles que nous entretenons dans notre esprit, jour après jour. Depuis maintenant plusieurs dizaines d’années, on reconnaît l’action dans l’organisme de particules chimiques qu’on nomme vitamines. Mais nos pensées aussi peuvent agir comme des vitamines psychiques sur notre niveau de stress et, par voie de conséquence, sur notre santé physique et psychologique. Peut-être que, dans quelques années, les médecins de l’âme seront pris au sérieux quand ils prescriront, en plus d’un bon régime alimentaire, un peu plus d’amour pour contrer l’angine, une bonne dose de joie pour faire régresser un cancer, quelques comprimés de patience pour lutter contre l’hypertension, plusieurs pincées de générosité contre la constipation et quelques onces de beauté pour se sortir d’une dépression … Depuis que le monde est monde que ces nobles sentiments élèvent l’âme et nourrissent littéralement le corps.

Dans un organisme humain, la nourriture absorbée par le système est digérée et les nutriments sont transmis à l’une ou l’autre partie du corps, pénétrant chaque cellule, influençant la santé de celle-ci et, par conséquent, la santé du corps tout entier, comme celle de l’esprit. Il en va de même des pensées que l’on nourrit. Elles provoquent en nous des émotions qui, à leur tour, ont leur résonance dans notre corps physique. On n’a qu’à se rappeler les modifications physiques qui s’opèrent dans notre organisme quand on se met à imaginer un événement futur qui nous inquiète ou à se remémorer un souvenir agréable ou désagréable. Ainsi, autant les aliments que l’on ingère affectent le corps et l’esprit, autant la nourriture mentale ou spirituelle affecte l’esprit et le corps.

Stress et pensées négatives

On peut alors facilement comprendre ce qui se passe quand on entretient quotidiennement les mêmes pensées négatives ou angoissantes. Qu’on le veuille ou non, on finit par imprégner notre esprit et toutes les cellules de notre corps de cette négativité. Toute stress ressenti de façon continue finit par avoir des répercussions sur le corps, affectant la chimie corporelle, la pression sanguine, le métabolisme, le système immunitaire et même la libido. Comme nous le disions ailleurs (La vapeur monte: les causes du stress): toute perte d’estime de soi, toute inquiétude prolongée, les sentiments de frustration, les soucis de tout ordre, les tourments incessants peuvent miner notre santé et nous conduire tout droit soit dans la maladie.

Ce n’est une surprise pour personne alors de voir autant de gens souffrir d’hypertension, de problèmes cardiaques, d’ulcères d’estomac, de problèmes digestifs, d’arthrite, de migraine, de problèmes oculaires, sexuels et d’autres symptômes physiques directement reliés au stress. Comme nous le soulignions dans le même article, tout organe fragilisé, prédisposé, peut en effet céder le premier à une forte tension, ce qui illustre le rapport certain existant entre le physique et le psychologique. Aujourd’hui, on étudie ces maladies sous le vocable psychosomatique, c’est-à-dire qu’on leur reconnaît une composante psychologique. Elles n’en sont pas moins réelles.

La gratitude: une grosse vitamine à prendre à tous les jours

Dans cette même veine, les résultats d’une recherche des psychologues Robert Emmons et Michael McCullough (1) sont plus qu’intéressants. Les auteurs ont comparé deux groupes. Dans le premier, les personnes consignaient dans un journal, sur une base hebdomadaire, tout ce qu’elles appréciaient dans leur vie. Appelons-le groupe d’appréciation. Dans le second groupe, les personnes écrivaient leurs préoccupations et consignaient des événements neutres de la vie quotidienne (groupe contrôle). Voici quelques conclusions de cette recherche.

Comparativement au groupe contrôle, les personnes composant le groupe d’appréciation vivaient moins de stress, se sentaient mieux physiquement et étaient plus optimistes avant d’entreprendre une nouvelle semaine. Elles signalaient aussi avoir fait plus de progrès en deux mois en direction de leurs buts personnels importants, qu’ils soient d’ordre académique, relationnel ou autre.

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La gratitude: comment ce simple exercice peut faire diminuer votre stress

De jeunes adultes, qui participaient à des exercices quotidien de gratitude, rapportaient des états d’esprit positifs comme l’enthousiasme, la détermination. Ils démontraient aussi un plus haut niveau d’attention et d’énergie.  Ils étaient également plus susceptibles d’avoir aidé une autre personne ou d’avoir offert leur support émotionnel à quelqu’un d’autre.

Dans une autre étude (2), Froh, J., Sefick, W.J., & Emmons, R.A. ont démontré que de jeunes adolescents qui pratiquent l’appréciation ont une attitude plus positive à l’endroit de l’école et de leur famille. Les auteurs parlent maintenant de la gratitude comme du facteur oublié (forgotten factor) dans les études sur le stress et le bonheur. Pour en savoir plus, nous vous référons à notre article La gratitude: un exercice contre le stress.

D’autres vitamines de l’esprit pour contrer le stress

Il y a aussi ces vitamines quotidiennes qui nous permettent de revenir à nous-mêmes et qui nous aident à nous désintoxiquer des sollicitations incessantes de la publicité qui nous bombarde, de l’information qui alimente nos craintes et notre niveau de stress et des distractions multiples qui s’offrent à nous. Comme l’écrit le philosophe Jean-Louis Cianni (3), «Le sujet occidental contemporain se trouve placé dans une situation paradoxale, il doit affronter une double contrainte: celle de donner du sens à tout à commencer par son existence, celle d’être assujetti à un univers de consommation de masse qui le réduit au rôle de particule excitable».

Revenir à soi par une lecture, une période de silence ou de méditation, l’écoute d’une belle pièce de musique, un échange désintéressé, un moment de contemplation, que sais-je encore. Toutes bonnes choses qui nourrissent notre esprit et lui procure la vie.

Notes:

(1) Counting Blessings Versus Burdens: An Experimental Investigation of Gratitude and Subjective Well-Being in Daily Life. Journal of Personality and Social Psychology 2003, Vol. 84, No. 2, 377–389

(2) Counting blessings in early adolescents: An experimental study of gratitude and subjective well-being. Journal of School Psychology 46 (2008) 213–233

(3) Desjardins, Arnaud & Cianni, Jean-Louis (2010) Oui, chacun de nous peut se transformer. Albin Michel. p.137.

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