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Développement humain, Enfant

Les trois super qualités du TDAH

Myriam Tahiri Hassani

Il nous parait essentiel de poser un regard lumineux et non fataliste sur le TDAH, et de prendre conscience que l’une des meilleures façons d’aider le jeune à développer une bonne estime de soi malgré ses vulnérabilités, est de l’amener à réaliser qu’il est doté de qualités puissantes sur lesquelles il peut se fier, lorsque les ressources manquent, pour pallier les difficultés.

Au cours de mes sept années d’expérience clinique en pratique privée, j’ai eu l’honneur d’offrir mes services à de nombreux jeunes (âgés entre 8 et 25 ans) ayant reçu un diagnostic de TDAH, en intervenant directement auprès d’eux et/ou auprès de leurs parents. Durant mes entrevues cliniques, j’invitais ces jeunes à laisser libre cours à l’expression de leurs émotions. Et j’ai pu soulever deux constats qui m’ont insufflé l’inspiration et l’élan pour rédiger cet article. 

D’un côté, il y a la majorité de ces jeunes qui éprouvent de l’anxiété voire des sentiments dépressifs en permanence dans leur quotidien, tant ils se sentent incompris par leur entourage. De l’autre côté, il y a leurs parents qui confient avoir de la difficulté à comprendre les comportements imprévisibles de leur enfant, au point où on peut déceler le regard quasi fataliste qu’ils portent au sujet de leurs fragilités. 

En écoutant activement le récit que mes jeunes patients font de leur vécu, nous comprenons rapidement que le TDAH peut mettre à rude épreuve le sentiment de compétence, tant chez le parent que chez l’enfant.

Et pourtant, en interaction avec ces jeunes aux prises avec un TDAH, j’ai pu remarquer qu’ils sont dotés de trois qualités exceptionnelles qui leur permettraient de réussir envers et contre tout. Le but de cet article est donc d’offrir, tant au jeune qu’à ses parents, une perspective lumineuse du TDAH.

Récit d’un jeune aux prises avec un TDAH

Je n’en peux plus! J’ai envie de hurler à mes parents, à mes enseignants, à mes amis: «arrêtez de me faire des reproches à n’en plus finir, cessez de me blâmer pour des comportements qui sont totalement en dehors de mon contrôle».

Je ne fais pas exprès d’oublier. Malheureusement, je donne l’impression d’être une tête en l’air et de ne pas être fiable. 

Je ne fais pas exprès de rentrer dans ta bulle. Mais tu as la sensation que je suis intrusif et envahissant.

Je ne fais pas exprès d’avoir la bougeotte, surtout lorsque tu me parles pendant un certain temps. Mon hyperactivité te donne l’impression que, non seulement je suis incapable de me tenir tranquille et d’être calme, mais aussi que je ne t’écoute pas et que je te manque alors de respect. En réalité, pour pouvoir t’écouter, j’ai besoin de bouger.  

Je ne fais pas exprès de « tomber » dans la lune quand tu me parles, mais je sais que tu as l’impression que je n’accorde pas d’importance à ce que tu dis. 

Je ne fais pas exprès d’être au service de mon impulsivité. Tu es convaincu que je suis fondamentalement incapable de me contrôler; pourtant, il suffirait de m’enseigner comment faire. Ou encore, de me prendre dans tes bras en me glissant les mots suivants : je suis là, ne t’inquiète pas, tout va bien aller. Cela m’aiderait à contenir mon agitation. 

Je ne fais pas exprès de détester l’ennui, même si je sais que ça pourrait me faire du bien de profiter de moments de vide pour reposer mon esprit.

Je ne fais pas exprès de considérer l’effort comme le pire des supplices. Malheureusement, cela donne l’impression que je suis un paresseux.

Je ne fais pas exprès de reporter à plus tard ce que je dois faire dans l’immédiat. Or, une telle attitude te donne l’impression que je n’arriverai jamais à rien dans la vie. 

Je ne fais pas exprès de m’investir uniquement dans les activités qui m’intéressent. Fâcheusement, cela peut te donner l’impression que je suis immature face à la réalité de la vie qui nous rappelle rapidement qu’il n’est pas toujours possible de faire ce que l’on aime.

Je ne fais pas exprès de raisonner d’une manière qui peut te surprendre, qui peut te paraître insensée. Je ne fais pas exprès de tenir mon bout dans l’espoir de te convaincre que j’ai raison. Triste à dire, mais cela dégage une certaine forme de rigidité et un manque de flexibilité.

Enfin, je ne fais pas exprès d’exprimer mes émotions à un rythme exponentiel et cela te donne l’impression que je suis intense par moment. Mais sache que c’est la seule manière que je connaisse pour donner libre cours à mes états d’âmes et te sensibiliser quant à ma singularité.

Voilà comment je me sens…

Je suis épuisé et fatigué de toujours me défendre et de me justifier. Je suis triste, car j’ai le sentiment d’être totalement incompris. Je suis affligé, car on me fait sentir que je suis bizarre. Je suis abattu, car on me donne l’impression que je ne pourrai jamais m’en sortir et découvrir la lumière de la réussite. Je suis stressé à l’idée de savoir que je coure plus de risques qu’un autre enfant, de me faire punir pour ma condition neuro-développementale que tu peines à saisir. 

Alors, pour la faire valoir, il m’arrive de m’obstiner, d’argumenter, de m’opposer. C’est la seule façon pour moi de te secouer et de t’inciter à dépasser ces quatre lettres que sont le T, le D, le A et le H dans l’espoir que tu puisses véritablement chercher à comprendre les tensions internes que peut faire émerger le TDAH chez moi, ces tensions qui me donnent envie de fuir une réalité que je trouve éprouvante au quotidien.

TDAH et sentiment d’incompétence

Ce récit de vie (propos recueillis au cours de mes rencontres cliniques) illustre les tensions internes ressenties par la majorité des jeunes aux prises avec un TDAH. Il donne par le fait même, une idée du regard que peuvent porter parents et enseignants sur les comportements de ces jeunes – comportements jugés comme étant excessifs et exaspérants, mettant le jeune régulièrement en conflit avec son entourage familial et scolaire.

Ce regard de l’adulte n’est en réalité que l’expression de ses sentiments de frustration, d’incompréhension et d’impuissance. Toutefois, il est aussi source d’angoisse pour le jeune, car il l’amène à se sentir différent des jeunes de son âge et à douter de ses compétences. Ce sentiment d’incompétence acquis est très pénible pour lui, car il fait émerger en lui des affects dépressifs et anxieux pouvant se manifester, d’une part par des problèmes de sommeil et d’appétit, mais aussi par un niveau élevé d’agitation, d’irritabilité et d’opposition. 

En se montrant opposant, voire agressif pour certains, le jeune aux prises avec un TDAH essaie de se défendre contre la pression qu’il peut ressentir, mais aussi de protéger son estime de soi qui peut avoir été brimée depuis plusieurs années par les diverses interventions mises en place par l’adulte en réponse à ses comportements « perturbateurs » 

En réalité, l’adulte doit comprendre que ces comportements renvoient à une réaction adaptative du jeune en contexte de mal-être et de déséquilibre. En effet, le jeune souffre de ne pouvoir déployer et actualiser son potentiel. Il sait qu’il est pris dans un carcan lié à une condition neurodéveloppementale qui ne met pas la lumière sur ses forces.

Les 3 qualités exceptionnelles des jeunes avec un TDAH : entre passion, créativité et sensibilité

Les interventions menées auprès de mes jeunes patients avec un TDAH (et auprès de leurs parents) m’ont amené à constater que ces derniers sont doté de trois qualités exceptionnelles, qui, si investies et mises en évidence, pourrait lui permettre d’être un véritable génie dans son domaine d’intérêt. 

1- Du fait des nombreuses idées qui circulent en continuité dans l’esprit de ces jeunes et de leurs capacités à les gérer en simultané, ces derniers parviennent à développer un esprit créatif intriqué dans leur personnalité, un esprit qu’ils pourraient mettre au profit de leur réussite scolaire, sociale et professionnelle.

2. Du fait de leur capacité à rester concentré et attentif durant une longue période pour s’atteler avec assiduité aux tâches qui interpellent leur personnalité, ces jeunes sont des êtres passionnés qui n’attendent que l’occasion pour faire valoir leur savoir-faire et leur savoir être.

3. Ces jeunes sont dotés d’une grande sensibilité émotionnelle qui leur permet rapidement d’apprivoiser les états d’âmes et les énergies de ceux qui les entourent. Une telle intelligence leur permet de sélectionner leurs relations. 

Ces trois qualités exceptionnelles peuvent être les meilleures alliées du jeune avec un TDAH et devenir son passeport pour la réussite, si elles sont déployées à bon escient. C’est pourquoi, il nous parait essentiel de poser un regard lumineux et non fataliste sur le TDAH, et de prendre conscience que l’une des meilleures façons d’aider le jeune à développer une bonne estime de soi malgré ses vulnérabilités, est de l’amener à réaliser qu’il est doté de qualités puissantes sur lesquelles il peut se fier lorsque les ressources manquent, pour pallier les difficultés.

Pour ce faire, il est nécessaire d’offrir au jeune des occasions au travers desquelles il lui est possible de mobiliser ses forces pour les mettre au profit de la réussite. Une telle mobilisation permettra de lui démontrer son pouvoir d’agir sur les vulnérabilités liées au TDAH qui mettent à risque son fonctionnement au plan social, scolaire ou familiale. Et cela engendrera en lui un sentiment de fierté personnelle.

Conclusion

Pour cela, le jeune doit apprendre à vivre des moments d’ennui, à développer le sens de l’effort et à être en relation humaine non virtuelle. C’est en contexte d’ennui qu’il lui sera possible de réfléchir sur soi et sur ce qui le passionne. C’est en faisant des efforts qu’il lui sera possible de concrétiser ses idées créatives. Enfin, c’est en étant en contact direct avec de tierces personnes qu’il lui sera possible d’aiguiser son intelligence émotionnelle et ainsi de tisser des relations harmonieuses avec son entourage.

LIRE AUSSI: L’effort et la difficulté: 2 pivots de la réussite scolaire.

Myriam Tahiri Hassani est Docteure en psychologie de l’éducation. Elle travaille depuis plusieurs années en clinique privée auprès des enfants et adolescents et de leur famille, selon une approche cognitivo-comportementale et systémique. Elle est également chargée de cours à l’Université de Québec à Montréal où elle enseigne les cours Psychologie de la famille et Psychologie et immigration. [email protected].

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