L’argumentation chez le jeune: pour ou contre?

argumentation

L’argumentation est un mécanisme de défense déployé par l’enfant pour asseoir une position particulière.

Certains parents éprouvent un malaise à l’effet d’imposer des limites à leur enfant de façon ferme et structurée. Ils préconisent une discipline qui gravite exclusivement autour d’un modèle de communication qui, apparemment, veut encourager l’échange de points de vue et amener une prise de conscience. Ces parents sont convaincus qu’en incitant leur jeune à exprimer son opinion et à s’affirmer, ils favorisent le développement de la confiance en soi. Mais est-ce vraiment le cas?

L’illusion de la réalité

Au fil des mois et des années, les parents réalisent qu’ils font fausse route: le choix exclusif de ce modèle de communication finit par noyer l’échange et l’espace de  discussion. Émerge alors un débat parent/enfant qui n’en finit plus. Je devrais plutôt dire un débat qui masque, en réalité, deux rapports de force: celui du parent qui se sent peu respecté en tant que figure d’autorité et impuissant face à la persévérance de l’argumentation de son enfant. Et celui établi par le jeune qui cherche à tout prix à faire valoir sa position spécifique. 

Au travers de ce rapport de pouvoir, le parent devient alors une abstraction sur pied qui déambule, par le regard, à travers la mauvaise humeur et les manifestations oppositionnelles de son enfant. Il se surprend, en se faisant violence, à rechercher désespérément l’innocence et l’amour de son enfant. Malheureusement, il en résulte une caricature de jeu de pouvoir au goût aigre et amer. C’est alors qu’avec tristesse ou mélancolie, le parent implore son imaginaire pour l’aider à sortir de son sentiment d’impuissance et à retrouver la vision porteuse de rêve qui a vu naître son enfant. 

L’argumentation, un mécanisme de défense

Chers parents, il faut savoir que l’argumentation est un mécanisme de défense déployé par l’enfant pour asseoir une position particulière. Dans certains cas, il faut l’encourager, dans d’autres non. En voici trois différentes.

1. Celle qui lui permet de préserver son estime de soi

Par exemple, certains enfants héritent d’une condition neuro-développementale (ex., TDAH, trouble d’apprentissage) qui leur pose des défis au quotidien, au plan académique, social et familial. En prenant conscience de leurs fragilités, ces jeunes finissent par croire, erronément, qu’ils sont incompétents. Pour se sentir un tant soit peu compétents, ils établissent un rapport de force avec ceux avec qui ils se sentent en sécurité (en l’occurrence…vous parents) et se mettent alors à négocier vos règles, à remettre en question les limites établies, à argumenter vos principes moraux. 

Dans un tel cas de figure, il est important de prendre le temps de saisir, à travers  l’argumentation de votre jeune, la peine et la peur qu’il peut ressentir face à ses difficultés, aux multiples efforts qu’il doit fournir pour espérer être à la hauteur de vos attentes et de celles des divers environnements dans lesquels il grandit (le monde scolaire et social). 

Pour ce faire, je vous invite à encourager votre enfant à confier les émotions qui l’habitent dans pareilles situations. Par ailleurs, je vous propose d’observer votre enfant, de remarquer les détails de ses champs d’intérêts et de désintérêts. Cette observation  vous permettra de saisir toutes les occasions au cours desquels il est possible d’aider votre enfant à sortir de ses zones de confort et à développer de nouvelles compétences. L’acquisition de nouvelles habiletés au travers de l’effort investi motive ainsi le jeune à tolérer l’inconfort et surmonter la difficulté qui l’accompagne, eux-mêmes générateurs de la confiance en soi. 

2. Celle qui lui permet d’éviter une tâche 

Certains enfants argumenteront les propos de leurs parents qui s’efforcent de leur expliquer le bien fondé de la tâche qu’ils leur demandent d’accomplir, dans le but de s’éclipser et de s’épargner un effort. Dans cette éventualité, encourager le cycle de l’argumentation est une façon d’applaudir le rapport de pouvoir qui s’installe insidieusement entre le parent et son jeune. C’est aussi une manière d’entériner le mécanisme adaptatif déployé par ce dernier pour éviter une tâche. 

Chers parents, c’est dans de telles situations qu’il est important de faire preuve de fermeté et de couper court à toute forme d’argumentation. À cet effet, je propose dans mon livre Papa, maman…je suis bouche bée et tout ouïe!, des stratégies d’intervention opérationnelles pour aider les parents à mettre en place une structure éducative encadrante et ferme (1). 

3. Celle qui lui permet de faire valoir son raisonnement

Certains jeunent évoluent dans des environnements familiaux aux pratiques éducatives rigides et coercitives qui les empêchent de mettre en lumière le potentiel de leur raisonnement et la force de leur personnalité. C’est souvent apparent lors de la période des devoirs, mais aussi devant l’inconnu et l’imprévisible auxquels le jeune réagit selon son propre mode de réflexion. 

Chers parents, dans un tel cas, il faut encourager l’argumentation: celle du débat et de l’échange d’idées qui vous permettra, j’en suis sûre, d’apprécier davantage l’univers magnifique de votre enfant. Car vous aurez su planter un jalon pour une discussion de fond que vous pourrez avoir avec lui. Tandis que le rejet drastique de son raisonnement peut freiner l’actualisation de son potentiel d’autonomie d’une part, et de sa confiance en soi d’autre part. 

Pour conclure

Chers parents, en incitant votre enfant à nommer ses émotions, à vaincre ses peurs, à sortir de son confort, à développer de nouvelles compétences, à faire valoir son raisonnement et sa personnalité, vous le préparez à relever les nombreuses responsabilités qui l’attendent à l’extérieur de son domicile et à honorer ses engagements. 

Par ailleurs, il faut savoir que lorsque l’autorité parentale s’exprime avec l’intelligence du cœur – l’art de communiquer et de convaincre- elle devient une force qui déstabilise l’argumentation stérile de votre jeune, exorcise le conflit, bonifie la discussion et préserve la pérennité de la relation parent/enfant. 

(1) Pour plus d’information sur son livre, communiquez avec l’auteure.

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Myriam Tahiri Hassani
 

Myriam Tahiri Hassani est Docteure en psychologie de l’éducation. Elle travaille en clinique privée auprès des enfants et adolescents et de leur famille, selon une approche cognitivo-comportementale et systémique. Elle est également chargée de cours à l’Université de Québec à Montréal où elle enseigne les cours Psychologie de la famille et Psychologie et immigration. Elle est l'auteure de Papa, maman…je suis bouche bée et tout ouïe.

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