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Art de vivre

Noël: comment nous pourrions le réinventer

Noël en 1928
Marc Vachon, m.ps.

Noël

Le temps des Fêtes, ce peut être le moment d’évacuer par la porte arrière les horaires réguliers, les réveils obligés, toujours à la même heure, la routine de journées chargées s’organisant autour du travail. Ce peut être l’occasion de sortir de notre état de transe, de nos habitudes, pour tâter le bonheur du moment présent, pour stimuler nos sens endormis dans le quotidien. L’occasion est belle et grandiose.

Sous forme de Questions et Réponses, je vous propose quelques réflexions sur Noël, les habitudes et les raisons qui pourraient nous amener à réinventer ce temps de l’année.

Noël et la tradition

Q. Le caractère à la fois exceptionnel et récurrent d’une tradition comme Noël et le temps des Fêtes rend-il plus facile ou plus compliquée l’introduction de changements?

R. Noël est un rituel bien ancré dans notre culture occidentale, rituel aujourd’hui renforcé par la publicité qui commence à partir de novembre et qui nous inonde de ses images traditionnelles et idylliques d’échange de cadeaux, de rencontres familiales et amicales, le tout bien arrosé de musique du temps des fêtes (Ah! La Charlotte prie Notre-Dame…). La pression à la conformité est donc très forte et n’aide évidemment pas à l’introduction de changements.

Mais croire cela sans nuance, c’est aussi se placer en position de victime, c’est croire qu’on n’a pas de contrôle sur ce que l’on veut vivre, qu’on n’a pas le choix, qu’il n’y a rien à faire puisque tout le monde fait comme ça… toutes sortes de croyances qui ne nous aident pas à changer quoique ce soit.

Q. Mais qu’est-ce qui pourrait faire qu’on veuille du changement dans le temps des Fêtes?

R. Si nos Noëls passés ont répondu à nos attentes et sont encore associés à des émotions agréables (partage, communion, surprises, chaleur, plaisir, joie, détente…), pourquoi alors changer? On aura plutôt le goût de répéter ce qu’on croit être à l’origine de ces sentiments agréables. Je dis bien «ce que l’on croit être à l’origine de ces sentiments», car il y a là quelque chose de tout à fait personnel et non d’immuable. Ainsi, les rencontres familiales ou les cadeaux sont peut-être, pour une personne, associés au plaisir, mais ce pourra être le contraire pour son conjoint ou un parent…

Et c’est aussi le risque d’un rituel: créé à l’origine pour que se répète une émotion positive ou un état de grâce passé, il finit parfois par se vider de son essence. Si c’est le cas, si à l’approche de cette période de l’année, une petite voix vient nous rappeler nos insatisfactions associées au Noël de l’année ou des années précédentes, les émotions négatives qu’on a ressenti (frustration, stress, anxiété, sentiment d’urgence, ennui, agressivité, colère, impatience…), on sera sans doute prêt pour du changement. Faire taire cette petite voix, sous prétexte que Noël c’est comme ça dans ma famille, que c’est juste un (mauvais) moment à passer ou à cause d’autres idées toutes faites de ce genre, c’est se mettre en bonne position de revivre ces insatisfactions.

Nos attentes à cette période de l’année

Q. Qu’attend-on d’une période comme le temps des Fêtes, la réassurance d’une tradition immuable, l’imprévu (l’événement « miraculeux »), la surprise? 

NoëlR. On entend souvent répéter que Noël c’est la fête des enfants et pour la plupart d’entre nous, les Noëls sont chargés d’émotions d’enfance enracinées profondément en nous, associées au jeu, au plaisir, à des cérémonies religieuses, aux surprises, au merveilleux, aux visages d’adultes souriants et joyeux, aux chants et à la musique. Et notre environnement culturel en général et la publicité en particulier savent comment déclencher en nous, non seulement le désir de revivre ces états d’esprit à Noël, mais aussi la conviction qu’en posant tel ou tel geste (de consommation entre autres) on va nécessairement les revivre.

Dans un monde en perpétuel changement, c’est sûrement rassurant de croire que le simple fait de répéter les gestes du passé ou de se laisser porter par la vague de ce temps de l’année sera suffisant pour revivre ces états d’esprit (ou les revivre par procuration à travers nos enfants). La nostalgie a la cote ces années-ci, et Noël n’échappe pas à ce phénomène, surtout depuis qu’il a perdu son contenu religieux et spirituel. Plusieurs, donc, cherchent là la réassurance, le réconfort d’un passé imaginaire et embelli.

Mais fondamentalement, le passé est le passé et vouloir le répéter, c’est comme repartir en voyage par habitude au même endroit, malgré l’ennui. Noël n’est plus ce qu’il était, c’est vrai, mais il est ce qu’il est devenu aujourd’hui, riche de possibilités de créer des moments propices à nous sentir bien, à être surpris, amusés, heureux…Voilà ce que rend possible la création d’un Noël actuel.

Recréer Noël? C’est possible?

Q. Pourquoi est-ce difficile de recréer Noël? 

R. Nous sommes des êtres d’habitude et, non seulement l’habitude est-elle rassurante, mais elle rend inconfortable (et improbable) tout ce qui se trouve en dehors de son chemin. D’où là résistance à l’innovation, à la création.

À notre naissance, nous avons très peu d’aptitudes, même si nous avons progressé pendant plusieurs mois dans l’utérus de notre mère. Mais rapidement, nous devenons capable de faire des relations entre des milliers d’objets de notre environnement et notre cerveau se façonne en grande partie grâce à l’environnement dans lequel il baigne. Et très tôt, nous développons des habitudes, qui sont en fait des raccourcis mentaux. Nos interactions avec le monde extérieur puisent d’ailleurs constamment dans ces raccourcis mentaux; c’est ce qui fait que nous pouvons si facilement nous adapter à notre environnement. Dans le cas contraire, nous serions totalement incapables de vaquer à nos occupations les plus simples, ne serait-ce que de lire cet article et de maintenir une position assise.

L’habitude représente donc jusqu’à un certain point la facilité. Même si la satisfaction n’est plus au rendez-vous, même si les temps changent, certaines personnes préfèrent donc emprunter les mêmes sentiers qu’elles connaissent bien parce que, à tort ou à raison, en sortir est associé dans leur esprit à du malaise, à de l’insécurité, etc. D’où la résistance au changement.

Recréer Noël ou s’ouvrir à l’inattendu et à l’imprévu peut donc être associé à la peur de l’effort, d’être inadéquat, de déplaire (à son conjoint ou à sa famille), d’être déçu, mécontent, de perdre le contrôle sur son environnement…

Pourtant, notre cerveau est construit pour le changement. Les personnes qui aiment les surprises et l’inattendu, qui sont davantage capables de sortir de leurs automatismes, de leur zone de confort pour changer, pour innover et qui osent créer et sortir de leur habitudes ont sans doute appris à y associer plus de plaisir que de souffrance. Mais surtout, elles ont peut être compris que de vouloir contrôler son environnement pour qu’il reste stable et inchangé demande tellement d’efforts et conduit plus souvent qu’autrement à la frustration. Elles lâchent donc prise plus aisément.

Q. Qu’est-ce qui chez une personne renforce ou fragilise sa capacité à s’ouvrir à l’inattendu?

R. Les expériences passées sans doute, l’éducation reçue (nos parents constituent en la matière des modèles très forts), l’environnement dans lequel on baigne (beaucoup de médias distillent la peur et notre exposition constante à de tels messages ne peut que fragiliser notre désir de changement), notre imagination (la folle du logis)…

Tout cela fait que l’on développe des croyances individuelles et familiales (des mythes familiaux) très fortes qui peuvent stimuler ou paralyser notre besoin de grandir et d’exprimer notre plein potentiel, de s’ouvrir au présent et à ce qu’il comporte de nouveau.  C’est très difficile d’être neuf dans un instant qui est toujours neuf.

Finalement, on finit par se faire une représentation du monde à travers laquelle on perçoit la réalité et à laquelle on essaie de faire correspondre cette même réalité (on revient au contrôle), passant ainsi à côté de tout ce que le moment présent a à nous offrir. Je ne vois plus les gens comme ils sont devenus, mais comme je les imagine dans ma tête. Je ne vois plus Noël comme il est devenu, mais comme je crois qu’il devrait être.

Des habitudes, ça se change

Q. Pourquoi pouvons-nous avoir des appréhensions face à l’événement imprévu, au changement d’habitudes? 

R. Cela revient à sortir des sentiers battus comme on a parlé plus haut. Une habitude bien ancrée est difficile à changer. Il suffit d’essayer de changer celles qui nous sont nocives pour réaliser à quel point elles résistent à nos efforts. Une des raisons qui explique cette difficulté, c’est que nos habitudes de longue date sont déclenchées inconsciemment par des situations que nous rencontrons fréquemment. Et Dieu sait si ce temps de l’année est riche de stimulations qui déclenchent des réponses automatiques (la musique entre autres). Les habitudes s’acquièrent par la répétition. Elles deviennent alors inconscientes et se faufilent facilement sous notre écran radar. Et nous les répétons alors sans réfléchir, de manière réactive et non réfléchie.

De plus, pour changer, il faut accepter de faire des deuils. Changer Noël, c’est peut-être faire le deuil de Noëls passés, de la sécurité que cela représente, de comportements habituels qui ont eu leur raison d’être, d’illusions, de la reconnaissance des autres, de l’appui de gens importants pour soi… Et surtout, comme nous l’avons dit plus haut, changer, c’est accepter de faire le deuil de comportements qui nous sont habituels.

Q. La tonalité, l’identité de la fête de Noël facilite-t-il l’accueil de l’imprévu?

Aujourd’hui, l’identité de Noël est définie par les médias, la publicité et la culture dans laquelle on baigne. Difficile d’y échapper et de sortir de ce chemin tout tracé. C’était un peu la même chose quand j’étais enfant et que cette identité était définie par les religieux et religieuses, par l’éducation chrétienne de nos parents, etc.

Il n’y a rien comme de s’arrêter et de se demander ce qu’est Noël maintenant pour moi, pour mon couple, et de définir ce que l’on veut que ce soit. Ça commence par une interrogation et une réflexion.

Q. Oser changer, faire « bouger une ligne » lors d’un moment ritualisé et partagé peut-il inaugurer de nouvelles façons de vivre ou de communiquer en couple, en famille; peut-il être un appui symbolique pour une personne qui souhaiterait introduire des changements dans son existence?

NoëlR. Le temps des Fêtes, ce peut être le moment d’évacuer par la porte arrière les horaires réguliers, les réveils obligés, toujours à la même heure, la routine de journées chargées s’organisant autour du travail. Ce peut être l’occasion de sortir de notre état de transe, de nos habitudes, pour tâter le bonheur du moment présent, pour stimuler nos sens endormis dans le quotidien. L’occasion est belle et grandiose. Plutôt que d’essayer d’être parfait, pourquoi ne pas être étonnant, surprenant, oser être différent, amusant. On se rappelle bien plus d’un cadeau et d’une soirée qui avaient une touche d’originalité que d’un cadeau et d’une soirée parfaits.

Noël demeure un moment sacré à sa façon, et peut-être pourrions-nous, sinon le réinventer, du moins le recycler un peu et lui rendre ce que les années de modernisme et d’abondance lui ont retiré de naturel: un échange de sentiments authentiques.

Et c’est peut-être en se donnant la possibilité de vivre de tels moments qu’on fera naître en soi l’idée, puis la certitude puis la conviction que le changement peut être pour le mieux et porteur de grandes satisfactions, ne serait-ce que celle de grandir et de créer sa propre vie au lieu d’être un automate prévisible.

Crédit photo: Don O’Brien Christmas Day 1928 Flickr Creative Common

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