Crise des 40 ans: le temps des questions et des bilans

À 40 ans, il faut ouvrir sa fenêtre de l’autre côté. Jules Renard

Que se passe-t-il à la quarantaine? S’il est vrai que l’âge mûr peut traîner avec lui de grands bouleversements en raison de toutes les mises au point exigées, il n’en demeure pas moins que c’est un âge heureux, surtout si la santé est bonne et la réussite professionnelle acquise.

En général, à l’âge de la maturité, la plupart des adultes ont une image favorable d’eux-mêmes. Ils ont confiance en eux, et se sentent respectés, reconnus par leurs semblables. Leur expérience leur confère une assurance certaine, qui leur permet davantage de foncer, de prendre des risques et de s’affirmer.

Voyons donc les nombreuses questions et les réflexions soulevées par l’accès à cette nouvelle étape de la vie, à ce nouveau passage.

40 ans, l’heure des bilans

Vers 40 ans, on prend souvent brusquement conscience de sa condition mortelle. Bien que la santé soit encore bonne, on s’en préoccupe et on n’est pas sans remarquer un début d’involution, une diminution des forces physiques, même si elle est minime, et sans conséquence. Le corps est plus vulnérable, aux excès, aux écarts de conduite (que ce soit sur le plan alimentaire, ou sur celui des habitudes de vie).

La ménopause, l’andropause se profilent à l’horizon, accompagnées de toutes sortes de significations psychologiques qui, si elles sont souvent exagérées, n’en sont pas moins réelles pour la personne: un cycle de vie s’achève tout doucement…

Mais, il ne s’éteint pas sans bruit: tant d’événements qui arrivent presque en même temps. Cet âge est celui des bilans. L’homme et la femme sentent le besoin de se réévaluer, de reconsidérer les choix passés et d’envisager les années qui viennent en fonction de leur santé, de leurs objectifs professionnels, et de leurs amis et enfants.

Souvent, plusieurs choix seront à refaire sur des bases plus réalistes. Parfois, il y aura des désillusions difficiles à assumer par rapport aux idéaux passés. De nouveaux besoins surgissent, de nouveaux défis, d’autres buts, bref le désir de réorienter sa vie.

En même temps, la personne est habitée par un sentiment d’urgence, et la certitude qu’elle n’a plus de temps à perdre. Plus que jamais, elle sait ce qu’elle désire comme ce qu’elle ne veut pas.

Tout ce questionnement, et les gestes qu’il impliquera, arrivent à la période la plus industrieuse jamais connue par l’individu. Car les tâches sont maintenant nombreuses ainsi que les responsabilités sur les plans familial et professionnel. C’est pour la plupart la période du zénith, de la réussite. Les fonctions intellectuelles sont intactes, parfois même plus élevées qu’elles ne le seront jamais (en termes de rendement, de potentiel actualisé) de même que la productivité créatrice.

Pour aider ceux et celles qui veulent faire un bilan exhaustif de leur vie personnelle et professionnelle, nous avons conçu un outil que nous présentons au chapitre 2 (L’inventaire de votre vie) de notre livre Oser changer: mettre le cap sur ses rêves. Vous aurez plus de détails en vous rendant ici.

40 ansLa générativité de l’âge mûr

La générativité, c’est cette attitude et cette caractéristique de la maturité qui consistent à faire don de soi, à collaborer avec autrui, que ce soit sur le plan familial, social, intellectuel ou spirituel. Que l’on soit marié ou non, parent ou non, on peut et on devrait, pour continuer de croître, être capable de générativité. D’ailleurs, vouloir ou même avoir des enfants n’est pas une garantie de générativité. Nous y reviendrons plus loin.

Évidemment, la générativité suppose un développement harmonieux lors des phases précédentes du développement, plus spécifiquement une identité solide, et la capacité d’entrer en relation intime avec autrui (sur cette étape du développement, voir mon article Vingt ans. L’âge des choix et le risque de l’intimité).

En effet, la relation intime nourrit et enrichit. L’attention peut se centrer sur l’autre, le partenaire, l’enfant, l’ami, le collègue, le client, etc. En général, elle se porte maintenant sur la génération suivante. Cet acte de donner aux autres, de collaborer à la croissance des autres, de laisser une œuvre aux autres, c’est ce qu’on pourrait aussi appeler le service à autrui ou à la société. Les professeurs, les prêtres, les médecins, les infirmières, les psychologues, les travailleurs sociaux, les artistes, les chercheurs, les travailleurs manuels, les écrivains, enfin tous peuvent à leur façon s’inscrire dans cette approche de la générativité. C’est avant tout une question de disposition, d’attitude mentale et spirituelle.

L’altruisme est différent, selon chacun, selon sa voie, et s’il est authentique, il contribue de plus en plus à sa croissance personnelle. Mais pour être actualisant, enrichissant, spirituellement et psychologiquement, pour permettre le développement, la générosité et le service ne doivent pas uniquement servir la recherche de soi, ou la perte de soi dans une multitude d’activités qui ne servent aucun but, aucune cause profonde, mais plutôt à masquer un vide, une angoisse plus ou moins consciente. Les personnes génératives sont celles qui laissent s’épanouir leurs intérêts profonds et parviennent ainsi à grandir sur tous les plans.

Élever des enfants…

Être parent n’est pas une garantie, ni une preuve de générativité, car les motivations à devenir parent sont nombreuses et pas toujours très claires. Certaines peuvent être très peu réfléchies, normalisantes. Ce sont les pressions à faire comme les autres, à croire que les enfants doivent nécessairement accompagner le mariage ou à craindre les jugements d’autrui, si le mariage n’est pas fécond.

D’autres parents peuvent désirer un enfant pour sauver une union, se prouver leur virilité ou leur féminité, pour avoir quelqu’un à aimer ou qui les aimera ou encore pour réussir à travers lui ce qu’ils n’auraient pu réussir eux-mêmes.

Être parent, ce n’est pas cela. Bien que peu de gestes soient réellement gratuits, il y a d’autres motivations possibles allant plus dans le sens de la santé: le souci d’engendrer et de guider la génération suivante. Ce désir d’actualiser son amour et sa relation intime dans un projet à deux bien vivant et bien confrontant aussi, enfin une occasion d’introduire dans l’amour un autre choix, une autre personne.

Être parent ne s’apprend nulle part. C’est souvent la tâche à laquelle nous sommes le moins préparés. Pourtant c’est une tâche très importante qui prend racine dans sa propre enfance et son adolescence lorsque les défis inhérents à ces périodes ont été relevés avec succès. (pour en savoir davantage, voir mon livre Être parent. Poser les bons gestes)

Et si tout n’allait pas?

Le contraire du don de soi, c’est l’arrêt et même le retour en arrière, la régression. Une personne incapable de s’investir, de s’impliquer, de donner, de créer retournera sur elle-même tout ce potentiel d’affection et de service. Pourra se développer un amour de soi maladif qui l’appauvrit en la ramenant tranquillement à l’enfance. Elle donnera uniquement pour recevoir, passive, exigeante, gâtée, et se préparant même à devenir gâteuse.

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Les fruits de l’âge mûr

J’aime beaucoup la conclusion de Scott Peck, auteur du livre Le Chemin le moins fréquenté, qui a dégagé quatre grands aspects de l’adaptation à l’âge mûr.

  1. La personne mature privilégie la sagesse, plutôt que la puissance physique. La première compense largement cette dernière, puisqu’elle lui permet, avec l’expérience accumulée, de faire de meilleurs choix. Finalement, on aime l’âge que l’on a atteint.
  2. Les rapports avec les autres sont davantage axés sur la socialisation que sur la sexualisation. Bien que la sexualité occupe toujours une place de choix, les autres sont davantage perçus de façon globale, comme des individus, des amis, des compagnons que comme d’éventuels objets sexuels.
  3. Les changements au niveau affectif sont prédominants par rapport à la diminution des investissements affectifs. Il est inévitable, à cet âge, de connaître des séparations: deuils, départs des enfants. Parfois ce sont des incapacités physiques qui nous obligeront à de nouvelles conditions de vie. À l’âge mûr, on peut davantage s’adapter et créer d’autres liens avec d’autres personnes.
  4. Enfin, la maturité correspond souvent à une plus grande ouverture d’esprit, à plus de tolérance et moins de rigidité devant la nouveauté. Les réponses finalement ne sont jamais définitives. On est encore et toujours à la recherche d’autres réponses car les questions se renouvellent sans cesse.
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