Estime de soi-même: des stratégies pour l’améliorer et la maintenir

Au travail, dans votre vie de couple ou familiale, dans vos relations interpersonnelles, le niveau d’estime de soi-même se reflète dans nos choix et fait qu’ils seront plus ou moins heureux. Or à long terme, les conséquences de choix malheureux peuvent être dévastatrices. À moins d’en prendre conscience et d’agir en conséquence, le manque d’estime de soi-même peut donc modifier négativement le cours de notre vie. Plus encore, nous risquons de transmettre les racines de ce mal à la génération suivante. La famille est en effet le terreau où naît et se développe l’estime de soi.

Nous présenterons donc ici certaines stratégies qui, si elles sont pratiquées régulièrement, peuvent contribuer à développer et à maintenir une bonne estime de soi-même et une attitude plus constructive à l’égard de soi. Mais d’abord, quelle place occupe l’estime de soi-même dans votre échelle de valeur?

L’estime de soi-même: une valeur importante pour vous?

Les valeurs constituent la motivation la plus puissante qui soit et expliquent tous vos comportements, qu’ils soient conscients ou non. Comme chacun possède une hiérarchie de valeurs qui lui est bien personnelle, nous faisons donc tous des choix différents. L’estime de soi devrait nécessairement faire partie de vos valeurs importantes. C’est par elle que passe le chemin qui mène à la réalisation de soi et au lâcher-prise. Et elle est la conséquence aussi du respect de vos autres valeurs.
Les conflits interpersonnels sont souvent le fait de hiérarchies de valeurs différentes, tout comme les tiraillements intérieurs résultent de votre difficulté à choisir entre des valeurs de même poids. Si une situation vous conduit à enfreindre une valeur importante — dont l’estime de soi, par exemple — vous vivez de la souffrance psychologique et un déséquilibre majeur. Bien que l’incohérence, dans une certaine mesure, fasse partie de la nature humaine, personne n’aime se sentir inconfortable ou en situation de malaise.

Personne ne devrait non plus tolérer les conséquences chroniques du manque d’estime de soi-même sur sa vie affective. En effet, le plaisir sous toutes ses formes est relié à votre capacité de vous aimer comme être humain. Chaque fois que vous vous abandonnez, que vous cessez de résister, que vos choix vont dans le sens de vos valeurs et de votre unicité, vous éprouvez une satisfaction personnelle intense. Rappelez-vous, par exemple, un choix vraiment dicté par un besoin profond, que ce soit d’accepter ou de refuser une promotion, de prendre ou de quitter un partenaire de vie ou même de préparer un itinéraire de voyage dans ses moindres détails.

Être bien dans votre peau, c’est être fier de vous-même, de vos compétences, de vos réalisations, mais aussi de votre potentiel, de vos capacités : pouvoir apprendre, comprendre, progresser, aimer et l’être en retour, éprouver des émotions d’ordre supérieur (justice, bonté, esthétique…), apprécier vos talents et vos choix.

Plus vous vous aimez, moins vous êtes comme tout le monde, ce qui vous rend unique. Walt Disney

Nous avons évoqué, dans un autre article – L’amour de soi: le meilleur passeport pour une vie satisfaisante – les différences subtiles entre le sentiment de compétence – ce que vous faites – et l’identité – ce que vous êtes.

Ces deux concepts, bien qu’inter-reliés, sont fort distincts et, si l’estime de soi s’enracine profondément dans vos succès, vos réalisations, il ne faut pas pour autant négliger l’égard pour votre personne, votre originalité, votre droit à la vie et vos émotions, quelles qu’elles soient.

Bref, l’estime de soi puise dans l’amour et la compassion pour vous-même tout autant, sinon plus que dans la reconnaissance d’autrui pour vos compétences. Bien que cette dernière soit un réconfort de prix, vous n’avez pas vraiment de contrôle sur elle. C’est pourquoi il est essentiel de développer par vous-même votre estime de soi.

Avoir le sentiment de votre propre valeur, c’est vous faire confiance, croire suffisamment en vous pour oser dire ce que vous pensez, faire ce que vous jugez devoir faire et assumer sereinement les conséquences. C’est vous investir dans des buts signifiants, respecter vos valeurs et gérer votre temps en fonction de celles-ci. Tout un programme dont l’application, souvent, reste dans la seule intention sans aboutir dans l’action.

Voyons donc quelques stratégies pour développer des attitudes allant dans le sens de cette estime de soi.

1- Ressentir le malaise

Vos émotions, vos sentiments et vos pensées s’inscrivent physiquement dans votre corps. À tout moment, celui-ci vous fournit des indices, des signaux, de ce qui se passe en vous. Encore faut-il en être conscient, accueillir favorablement cette sagesse et ne pas mettre de côté ces signes en vous disant que vous vous trompez sûrement sur leur signification. Il y a dans ces réactions du corps une intelligence que vous avez intérêt à respecter.

Il peut arriver, en effet, que vous décidiez de passer outre par manque de confiance dans vos propres sensations, faisant fi ainsi d’une grande richesse que vous partagez avec le règne animal, c’est-à-dire l’instinct. Songez à cette occasion où vous vous êtes forcé à rester en compagnie d’une personne qui menaçait votre estime de soi en vous disant que c’était vous le problème et que vous étiez mal disposé. Finalement, la rencontre a été presque une torture. Vous avez invalidé votre ressenti en trouvant des excuses à l’autre, ou pire en lui abandonnant votre pouvoir, et vous vous êtes aperçu plus tard que vous auriez eu avantage à vous faire confiance.

L’émotion est parfois plus juste et plus authentique que la raison. Elle est la voie privilégiée pour accéder à un niveau plus profond. Avoir une bonne estime de soi, c’est vous reposer sur vous-même et respecter votre instinct. C’est vous permettre d’exercer votre pouvoir, celui de mettre fin à un tête-à-tête désagréable par exemple, comme dans la situation décrite précédemment.

Évidemment, pour créer cette nouvelle habitude, vous devez tout d’abord vous arrêter pour prendre conscience de votre état émotionnel et décider de vous faire confiance.

 

2- Aller dans le sens du ressenti

Être capable de dire non est une façon de prendre soin de vous-même. Ce n’est pas toujours facile, car vous pouvez craindre la critique, les remarques de manipulation, deux répercussions possibles au fait d’exprimer ce que vous voulez vraiment. Il faut surmonter la peur du rejet, de la désapprobation et de la non-acceptation. Ce vieux conditionnement est si fort qu’il vous suggère presque que ne pas déplaire est essentiel à votre survie.

Pourtant, rappelez-vous cette fois où, poussé dans vos derniers retranchements, vous n’avez pu faire autrement que de vous affirmer. Quelle sensation de pouvoir, quelle satisfaction, quelle délivrance!

De la même manière, il est inacceptable de vous laisser critiquer parce que vous éprouvez telle émotion ou tel sentiment particulier. Toutes les émotions sont légitimes et valables. C’est le comportement qui peut être discutable. Vous n’avez pas à être conformiste dans le seul but d’avoir la paix. Au contraire, vous refuser le droit de vivre votre peur, votre colère ou vos valeurs est le meilleur moyen d’être en conflit avec vous-même. Les adultes qui ont une bonne estime d’eux-mêmes sont capables de s’exprimer librement, quelles que soient les réactions des autres. Ils peuvent aussi dire leur désaccord lorsque la situation exige de poser leurs limites et de garder intacte leur estime de soi.

Lorsque vous sentez qu’il le faut, vous avez le droit de changer d’idée et, à tout moment, d’exprimer votre désaccord. Développer de telles attitudes demande du courage. Encore une fois, le recul est nécessaire pour prendre conscience des occasions où vous dites un oui alors qu’il aurait fallu un non.

Vous devez aussi évaluer les conséquences possibles du fait de dire non et les bienfaits que vous pouvez tirer d’un oui à vous-même. Vous devez vous aimer suffisamment pour le faire et, enfin, savourer les résultats. Une bonne décision devrait toujours mettre fin aux tergiversations de l’ambivalence et entraîner, sinon un grand plaisir, au moins une satisfaction certaine. Et vous devez le faire sur une base régulière, en commençant peut-être par de simples événements, de petites décisions, au risque d’être taxé d’instable.

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Dans le même ordre d’idées, toujours dire oui aux autres peut vous entraîner à donner au-delà de vos capacités. Connaître votre limite et ressentir votre besoin d’auto-préservation sont les bonnes manières de prévenir la dépression et l’épuisement et de rester sain de corps et d’esprit. Ce n’est pas de l’égoïsme de ménager vos réserves d’énergie. Le désir d’aider les autres, de leur faire plaisir, de les protéger, ne devrait jamais entraîner de dommages à votre intégrité personnelle, à l’estime que vous avez de vous-même.

La personne qui s’estime ressent le besoin de rendre service et de faire sa part, mais jamais au-delà d’une certaine limite. Pour plusieurs, savoir s’arrêter peut être difficile à cause de leur éducation religieuse, de leurs croyances, de leurs autres valeurs, de leur manque de considération ou de sensibilité envers eux-mêmes. Pourtant, établir des priorités et prendre soin de leur énergie feraient d’eux des aidants beaucoup plus efficaces.

Nous pourrions, métaphoriquement parlant, comparer votre moi physique, mental, spirituel et émotionnel à un compte bancaire. Avant de débiter une somme, il vaut mieux vérifier votre solde. Comme il est avisé également de faire des versements de temps à autre si vous voulez rendre service à autrui. Pour cela, vous devez croire en la nécessité de vous ressourcer, d’établir des priorités et de réserver de l’énergie pour vous-même.

3- Vivre le moment présent

Il est plus facile de prendre conscience de vos émotions et de vos sentiments lorsque vous êtes bien ancré dans le moment présent plutôt que dans les souvenirs du passé ou l’anticipation de l’avenir. Une estime de soi insuffisante se reflète aussi dans l’incapacité de profiter de l’ici et maintenant.

Les personnes peu sûres d’elles et qui se mésestiment doutent constamment de leurs choix, entretiennent la croyance qu’il manque toujours quelque chose à leur bonheur, qu’elles ne sont jamais à la bonne place au bon moment, que le gazon est plus vert chez le voisin. Elles sont souvent à la recherche de ce qu’elles ont déjà, étant incapables d’en jouir, et ne trouvent jamais. Elles sont alors insatisfaites, malheureuses et, en bout de piste, elles renforcent leur mésestime d’elles-mêmes.

Elles auraient intérêt à développer des croyances plus aidantes, entre autres celle qu’elles sont à la bonne place et au bon moment. Cela requiert, bien sûr, de la flexibilité, c’est-à-dire la capacité de faire face aux situations inconfortables et de les intégrer rapidement en les réinterprétant autrement. L’estime de soi-même est un indice de cette capacité à affronter les changements, qu’ils soient ou non souhaités.

4- Estime de soi-même et rapport avec les autres

Votre habileté à réagir adéquatement dans les situations sociales, quelles qu’elles soient, constitue un bon indice de votre estime de vous-même. Certaines règles sont à même de vous guider dans ce domaine. C’est dans les moments où vous manquez de confiance en vous que vous laissez les autres empiéter sur votre territoire. Vous leur donnez alors une marge de manœuvre trop grande, sans tenir compte de votre compréhension émotionnelle de la situation. Vous réagissez un peu comme vous le faisiez enfant, par la crainte, en donnant raison à l’autre, en croyant peut-être à tort qu’il a une connaissance plus éclairée du problème ou de la situation. Bref, vous invalidez votre propre discernement.

Certaines personnes ont le don de vous rabaisser et, avec elles, vous vous percevez moindre que vous n’êtes. D’autres, au contraire, vous font sentir bien, vous valorisent, vous écoutent avec intérêt et vous apprécient pour la seule raison que vous existez. Alors qu’en compagnie des premières, vous doutez de vous-même, vous avez plaisir à côtoyer les secondes, vous vous sentez pleins d’énergie en leur présence. Pourquoi ne pas vous permettre de choisir les gens avec qui vous vous tenez? Bien sûr, il faut du courage pour couper les ponts avec les personnes négatives, pour s’en protéger, surtout si ce sont des proches.

Ici, il est important de faire quelques distinctions, car les apparences peuvent être trompeuses. Si un ami véritable peut parfois, pour votre bien, ne pas toujours être agréable, il peut arriver aussi que quelqu’un se montre très sympathique et que son attitude masque une intention qui l’est moins. D’où l’importance d’en référer à votre sensibilité personnelle et de vous faire confiance. Parmi les solutions possibles: vous exprimer, interroger dans le but de transformer la relation, ou tout simplement prendre physiquement ou émotionnellement vos distances.

Il arrive aussi que vous deviez faire face à des réactions des autres tout à fait inintelligibles, disproportionnées, hystériques ou insensées. Vos vieux conditionnements à l’égard de figures d’autorité du passé peuvent alors remonter à la surface. Vous pouvez par exemple éprouver de la culpabilité, sentir le besoin de comprendre l’autre, voire de l’aider, en dépensant une énergie démesurée. Vous pouvez aussi, au contraire, envenimer les choses en entrant dans son jeu Voilà des attitudes stériles.

Il est plus raisonnable de reconnaître que certains comportements, notamment ceux des personnes alcooliques et violentes, des fanatiques ou des perfectionnistes, ont des racines très profondes et que vouloir les aider relève des services d’un professionnel. Il est nettement préférable, même si c’est délicat, de vous détacher le plus rapidement possible de ces situations, de répondre rationnellement ou pas du tout aux provocations et de ne pas vous sentir concerné par de telles attitudes.

Dans la même foulée, choisir vos amis et vos relations requiert un effort conscient. Les liens avec les autres, quand vous devenez adulte, sont plus difficiles à créer que lorsque vous étiez enfant. En effet, vos valeurs sont plus stables, individualisées et différentes. Si certaines amitiés sont tout de même possibles et gratifiantes, il en est d’autres, moins compatibles avec ce que vous êtes, qui peuvent influer négativement sur votre estime de vous-même.

Un lien d’amitié ne devrait jamais n’être qu’à sens unique. Bien sûr, il peut être nécessaire à l’occasion d’aider, d’écouter, de rendre service, de gérer une crise même. Mais toujours vous retrouver à mettre en pratique ces habiletés relationnelles exceptionnelles ne peut déboucher que sur la négligence de vos propres besoins. Finalement, il faut vous aimer suffisamment pour choisir d’entretenir des liens avec des personnes en aussi bonne santé psychologique que vous afin d’en retirer énergie et partage. Il s’agit donc de connaître vos besoins et vos valeurs

Dans une large mesure également, il ne faut pas trop tenir compte de l’avis des autres. Vous êtes, et c’est humain, préoccupé par l’opinion qu’ils peuvent avoir de vous. Vous pouvez prétendre le contraire sur le plan de la pensée, mais l’émotion est plus difficile à nier. La critique peut faire mal insidieusement, et encore plus si vous la ressassez. Encore une fois, vous êtes victime de multiples conditionnements hérités de l’éducation parentale, des enseignants, des amis, des normes de groupe, de la société, voire des médias.

Avant de prendre en compte l’opinion de quelqu’un sur vous, vous devriez vous demander quels en seront les effets sur vous-même, sur vos succès, vos échecs. Il est nettement plus profitable pour vous de miser sur la confiance que vous avez en vous-même.

Si vous pouvez apprendre des autres, cela ne devrait jamais se faire en vous laissant blesser. La personne qui a vos intérêts à cœur n’a pas à décharger sur vous ses propres problèmes et frustrations. Vous avez le pouvoir et surtout le devoir envers vous-même de choisir entre les critiques saines et celles qui le sont moins. La différence, c’est votre ressenti face à l’intention de l’autre.

La personne qui a une bonne estime d’elle-même opte pour quelqu’un qui l’écoute et s’intéresse à elle et ignore ceux qui nuisent à son moi profond. Plus elle le fait, plus elle renforce le sentiment de sa propre valeur.

5- Développer son Protecteur: essentiel dans l’estime de soi-même

Finalement, nous vous invitons à une petite prise de conscience. Il vous apparaît naturel de donner crédit aux autres pour leurs talents et leurs créations ou de faire l’éloge de tel film ou de tel restaurant. Mais vous êtes souvent mal à l’aise de parler de vos propres réalisations. C’est encore là un produit de l’éducation où l’amour de soi se conjugue avec orgueil.

Et pourtant, c’est un prérequis à l’amour des autres. Comme vous avez appris à vous critiquer, vous pouvez apprendre à faire taire en vous la voix du blâme et, surtout, vous pouvez développer celle de votre Protecteur. Il vous aime inconditionnellement, un peu comme cette bonne grand-mère que vous adoriez parce qu’elle vous soutenait, vous rappelait vos talents, vos qualités, votre caractère unique.

Autant la voix du critique interne que celle du Protecteur sont des créations nées de l’habitude. Vous avez le choix de développer l’une pour voir s’éteindre l’autre avec le temps.

Comme vous le constatez, il est possible de changer des conditionnements et de ne pas rester prisonnier de votre éducation. Cette métamorphose se fera dans la majorité des cas sans l’intervention d’un thérapeute, si vous êtes conscient, motivé, et désireux de passer à l’action. Mais il n’y a pas de honte à vous faire aider.

L’estime de soi-même est vraiment un passeport pour une vie satisfaisante.

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Questionnaire sur l’estime de soi – 21 mises en situation

  • SAINT-PAUL, Josiane (1996). Choisir sa vie. Paris. InterÉditions.
  • MONTBOURQUETTE, Jean (2002). De l’estime de soi à l’estime du soi. Novalis.
  • CARDINAL, Catherine (1998). The Ten Commandments of Self-Esteem, Andrews McMeel Publishing.
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