Estime de soi-même: comment la développer et la maintenir

Plus vous vous aimez, moins vous êtes comme tout le monde, ce qui vous rend unique. Walt Disney

La richesse ou la pauvreté de nos choix, que ce soit dans le domaine du travail, de la vie de couple ou familiale ou des relations interpersonnelles, est fréquemment le reflet de notre estime de soi-même. À long terme, l’effet de choix malheureux peut être dévastateur. À moins d’en devenir conscient et d’agir, c’est-à-dire de nous exercer à un changement d’attitude, les conséquences d’un manque d’estime de soi peuvent modifier négativement le cours de notre vie et, ultimement, nous risquons de transmettre les racines de ce mal à la génération suivante. En effet, c’est la famille qui habilite les enfants à ressentir cette motivation.

Nous élaborerons donc ici sur certaines façons de faire qui, si elles sont pratiquées régulièrement, peuvent contribuer à développer et à maintenir une bonne estime de soi-même et une attitude plus constructive à l’égard de soi.

La place de l’estime de soi dans votre échelle de valeurs?

Tous les choix que nous faisons sont motivés par nos valeurs, qu’ils soient conscients ou inconscients. En fait, les valeurs constituent la motivation la plus puissante qui soit. Bien qu’elles soient individuelles et personnelles, en ce sens que nous avons chacun une hiérarchie bien à nous, entraînant par conséquent des choix différents, l’estime de soi-même devrait en faire partie. C’est par elle que passe le chemin qui conduit à la réalisation de soi. En plus de faire partie de nos valeurs, l’estime de soi est aussi le résultat du respect de nos autres valeurs.

Les conflits avec les autres sont souvent le fait de hiérarchies de valeurs différentes, et les conflits à l’intérieur de nous résultent de valeurs équivalentes importantes. Si une situation nous conduit à ne pas respecter une valeur importante – dont l’estime de soi, par exemple – nous vivrons de la souffrance psychologique et un déséquilibre majeur. Bien que l’incohérence, dans une certaine mesure, fasse partie de notre nature humaine, personne n’apprécie se sentir inconfortable ou en situation de malaise.

estime de soi-mêmePersonne non plus ne devrait tolérer les conséquences chroniques du manque d’estime de soi-même sur sa vie affective. En effet, le plaisir sous toutes ses formes est relié à notre capacité de nous apprécier somme personne. Chaque fois que nous nous abandonnons, que nous cessons de résister, que nos choix vont dans le sens de nos valeurs et de notre valeur en tant qu’individu, nous éprouvons une satisfaction personnelle intense. Rappelons-nous, par exemple, un choix vraiment dicté par un besoin profond, que ce soit d’accepter ou de refuser une promotion, de choisir ou de quitter un partenaire de vie ou même de préparer un itinéraire de voyage dans ses moindres détails.

Être bien dans sa peau, c’est être fier de soi, de ses compétences, de ses réalisations, mais aussi de son potentiel, de ses capacités: pouvoir apprendre, comprendre, progresser, aimer et l’être en retour, éprouver des émotions d’ordre supérieur (justice, bonté, esthétique…), apprécier ses talents et ses choix.

Nous avons évoqué, dans un autre article (Estime de soi: passeport pour une vie satisfaisante), les différences subtiles entre le sentiment de compétence – ce que je fais – et l’identité – ce que je suis. Bien qu’interreliés, ce sont deux concepts fort différents et, si l’estime de soi-même s’enracine profondément dans nos succès, nos réalisations, il ne faut pas pour autant négliger l’estime pour sa personne, son unicité, son droit à la vie, à ses émotions, quelles qu’elles soient. Bref, l’estime de soi puise dans l’amour de soi, la compassion envers soi-même tout autant, sinon plus, que dans la reconnaissance d’autrui pour nos compétences. Bien que cette dernière soit un réconfort inestimable, nous n’avons pas beaucoup de contrôle sur elle. C’est pourquoi il est essentiel de développer par nous-même notre estime de soi.

S’estimer, c’est se faire confiance, croire suffisamment en soi pour oser dire ce que l’on pense, faire ce que l’on croit devoir faire et assumer sereinement les conséquences. C’est s’investir dans des buts significatifs, respecter nos valeurs et gérer notre temps en fonction de ces dernières. Tout un programme dont l’application, souvent, reste dans la seule intention sans descendre dans l’action.

Essayons donc de concrétiser des façons de faire et d’agir pour développer des attitudes allant dans le sens de l’estime de soi. 

Ressentir le malaise

Nos émotions, nos sentiments et nos pensées s’inscrivent physiquement dans notre corps. À tout moment, ce dernier nous fournit des indices, des signaux de ce qui se passe à un niveau plus profond. Encore faut-il en être conscient et ne pas les mettre de côté, en se disant qu’on se trompe sûrement sur leur signification, et plutôt accueillir favorablement cette sagesse de notre corps. Il peut s’agir d’une tension, de la crispation d’un muscle, d’une chaleur intense ou d’un frisson, de battements accélérés du cœur, d’une nausée, d’une anxiété soudaine ou d’un goût irrépressible de fuir. Ces sensations peuvent être déclenchées par des personnes connues ou non ou des situations, des lieux.

Il peut arriver que l’on décide de passer par-dessus ces signaux précieux par manque de confiance dans nos propres sensations, faisant fi ainsi d’une grande richesse que nous partageons avec les animaux, c’est-à-dire l’instinct. Pourtant, il y a dans ces réactions une intelligence que nous avons intérêt à respecter. Lorsque nous nous invalidons de la sorte, que nous trouvons des excuses à l’autre ou, pire, que nous lui abandonnons notre pouvoir, nous passons par-dessus notre impression, notre intuition pour nous rendre compte plus tard que nous aurions eu avantage à nous faire confiance.

Songez, par exemple, à une situation où vous vous êtes forcé à rester en compagnie d’une personne qu’au départ vous ne sous sentiez pas capable de supporter, en vous disant que vous étiez mal disposé… et que finalement la rencontre a presque été une torture. L’émotion est parfois plus juste et plus authentique que la raison. Elle est la voie privilégiée pour accéder à un niveau plus profond. Celui qui a une bonne estime de lui se fait confiance et respecte son instinct. Il se permet d’avoir du pouvoir, celui de quitter par exemple, dans la situation décrite précédemment. Évidemment, pour créer cette nouvelle habitude, nous devons tout d’abord nous arrêter pour prendre conscience de notre état émotionnel et décider de nous faire confiance.

Aller dans le sens du ressenti

Être capable de dire Non! est une façon de prendre soin de soi. Ce n’est pas toujours facile, car on peut craindre la critique, les remarques de manipulation, des répercussions du fait d’exprimer ce que l’on veut vraiment ou ce que l’on ne veut pas. Il faut surmonter la peur du rejet, de la désapprobation et de la non-acceptation. Ce vieux conditionnement est si fort qu’il nous suggère presque que notre survie dépend du fait de ne pas déplaire! Pourtant, rappelez-vous une fois où, poussé dans vos derniers retranchements, vous n’avez pu faire autrement que de vous affirmer. Quelle sensation de pouvoir personnel, quelle satisfaction, quelle délivrance!

De la même manière, il est inacceptable de se laisser critiquer du fait d’éprouver telle émotion ou tel sentiment particulier (La critique: comment la recevoir). Toutes les émotions sont correctes et valables. C’est le comportement qui peut être discutable. Nous n’avons pas à être conformiste dans le seul but d’avoir la paix. Au contraire, se refuser le droit de vivre sa peur ou sa colère ou ses valeurs est le meilleur moyen d’être en conflit avec soi-même. Les adultes qui ont une bonne estime d’eux-mêmes sont capables de s’exprimer librement, quelles que soient les réactions des autres, de dire leur désaccord lorsque la situation le demande, de poser leurs limites et de garder un sens du moi fort.

Lorsque nous sentons qu’il le faut, nous avons aussi le droit de changer d’idée et, à tout moment, de l’exprimer. Développer de telles attitudes demande du courage. Encore une fois, le recul est nécessaire pour prendre conscience des occasions où l’on dit Oui! alors qu’il faudrait dire Non!. Nous devons aussi évaluer les conséquences possibles du fait de dire non, les bénéfices à se dire oui à soi, nous aimer suffisamment pour le faire et, enfin, savourer les résultats. Une bonne décision devrait toujours mettre fin aux tergiversations de l’ambivalence et entraîner, sinon un grand plaisir, au moins une satisfaction certaine. Enfin, il faut le faire sur une base régulière, en commençant peut-être par de petits événements, de petites décisions, au risque d’être taxé d’instable.

Dans le même ordre d’idées, toujours dire oui aux autres peut nous entraîner sur la voie de donner au-delà de nos capacités. Connaître sa limite, ressentir son besoin d’auto-préservation, est la seule manière de prévenir la dépression et le burn-out et de rester sain de corps et d’esprit. Ce n’est pas de l’égoïsme de préserver ses réserves d’énergie. Le désir d’aider les autres, de leur faire plaisir, de les protéger ne devrait jamais entraîner de dommages à notre intégrité personnelle, à l’estime que nous avons de nous-même. Une personne qui s’estime ressent le besoin d’aider et de contribuer, mais jamais au-delà d’une certaine limite. Pour plusieurs, savoir s’arrêter peut être difficile à cause de leur éducation religieuse, de leurs croyances, de leurs autres valeurs, de leur manque de considération ou de sensibilité envers eux-mêmes. Pourtant, mettre des priorités et prendre soin de ses énergies feront de nous des aidants beaucoup plus efficaces.

On pourrait, métaphoriquement parlant, comparer notre moi physique, mental, spirituel et émotionnel à un compte bancaire. Avant de débiter une somme, il conviendrait alors de vérifier notre solde. Comme il est avisé également de déposer de temps à autre si nous voulons être capable de retirer certaines sommes d’énergie pour rendre service à autrui, tout en se réservant quelque chose pour soi. Pour cela, il faut croire aussi en la nécessité du ressourcement, de mettre des priorités et de se réserver de l’énergie pour nous-même.

estime de soi-mêmeVivre le moment présent

Il est plus facile de prendre conscience de nos émotions et sentiments lorsque nous sommes bien ancrés dans le moment présent plutôt que dans les souvenirs du passé ou l’anticipation de l’avenir. Le manque d’estime de soi-même se reflète aussi dans l’incapacité de profiter de ce qui se passe ici et maintenant. Les personnes peu sûres d’elles ou qui se mésestiment doutent constamment de leurs choix, entretiennent la croyance qu’il manque constamment quelque chose à leur bonheur, qu’elles ne sont jamais à la bonne place au bon moment, que le gazon est toujours plus vert chez le voisin… Elles sont souvent à la recherche de ce qu’elles ont déjà, étant incapables d’en jouir, et ne trouvent jamais. Elles sont alors insatisfaites, malheureuses et, en bout de piste, renforcent leur mésestime d’elles-mêmes.

Nous aurions intérêt à développer des croyances plus aidantes, entre autre celles que nous sommes à la bonne place et au bon moment. Cela requiert, bien sûr, une bonne flexibilité, c’est-à-dire la capacité de faire face aux situations inconfortables et de les intégrer rapidement en les réinterprétant autrement. L’estime de soi-même est un indice de cette capacité à faire face aux changements, qu’ils soient ou non souhaités par la personne.

Estime de soi-même et rapport avec les autres

Notre habileté à réagir adéquatement dans les situations sociales quelles qu’elles soient constitue un bon indice de notre estime de nous-même. Certaines règles sont à même de nous guider dans ce domaine. C’est dans les moments où nous manquons de confiance en nous que nous laissons les autres empiéter sur notre territoire. Nous leur donnons alors une marge de manœuvre trop grande, sans tenir compte de notre compréhension émotionnelle de la situation. Nous réagissons un peu comme nous le faisions, enfant, par la crainte, donnant raison à l’autre, croyant peut-être à tort qu’il a une connaissance plus éclairée du problème ou de la situation. Bref, nous invalidons notre propre perception.

Certaines personnes semblent avoir le don de nous faire nous sentir moins que nous ne sommes, alors que d’autres, au contraire, nous font nous sentir si bien, nous valorisant, nous écoutant avec intérêt et nous appréciant pour la seule raison que nous existons. Alors que les premières nous font douter de nous-même, les secondes nous donnent plaisir et énergie. Pourquoi ne pas nous permettre de choisir avec qui nous nous tenons? C’est bien certain que cela demande du courage pour couper les ponts avec les personnes négatives, pour s’en protéger, surtout si ce sont des proches.

Ici, il est important de faire quelques distinctions, car les apparences peuvent être trompeuses. Si un ami véritable peut parfois, pour notre bien, ne pas être toujours agréable, il peut arriver aussi qu’une autre personne puisse se montrer très sympathique et que son attitude masque une intention qui l’est moins. D’où l’importance d’en référer à sa sensibilité personnelle et de se faire confiance. Parmi les solutions possibles: s’exprimer, interroger dans le but de transformer la relation ou tout simplement prendre physiquement ou émotionnellement ses distances.

Il arrive aussi que nous soyons confronté à des réactions des autres tout à fait inintelligibles, disproportionnées, voire hystériques ou insensées. Nos vieux conditionnements face aux figures d’autorité du passé peuvent avoir alors tendance à remonter en flèche. Nous pouvons par exemple éprouver culpabilité, besoin de comprendre l’autre, voire même de l’aider, en dépensant une énergie démesurée. Nous pouvons aussi au contraire envenimer les choses en faisant monter les enchères. Voilà des attitudes stériles. Il est beaucoup plus économique de reconnaître que certains comportements, notamment ceux des personnes alcooliques, des personnes violentes, des fanatiques ou des perfectionnistes, ont des racines très profondes et les aider relève des services d’un professionnel. Il est nettement préférable, même si c’est difficile, de se détacher le plus rapidement possible de ces situations, de répondre rationnellement ou pas du tout et de ne pas se sentir concerné par de telles attitudes.

Dans la même foulée, choisir ses amis et ses relations requiert un effort conscient. Les liens avec les autres, lorsque nous devenons adulte, sont plus difficile à créer que lorsque nous étions enfant. En effet, nos valeurs sont plus stables, individualisées et différentes. Si certaines amitiés sont tout de même possibles et gratifiantes, il en est d’autres moins compatibles qui peuvent influer sur l’estime de soi-même. Une relation d’amitié ne devrait jamais n’être qu’une relation à sens unique. Bien sûr, aider, écouter, rendre service, même gérer une crise, à l’occasion, sont des habiletés relationnelles exceptionnelles. Mais toujours se retrouver dans la situation de les appliquer ne peut déboucher que sur la négligence de nos propres besoins. Finalement, il faut s’aimer suffisamment pour choisir d’entretenir des liens avec des personnes en aussi bonne santé psychologique que nous afin d’en retirer énergie et partage. Il s’agit donc de connaître ses besoins et ses valeurs.

Dans une certaine mesure également, il ne faut pas trop tenir compte de l’opinion des autres. Nous sommes, et c’est humain, préoccupé de ce que les autres pensent de nous. On peut prétendre le contraire sur le plan de la pensée, mais l’émotion est plus difficile à nier. On y repense, car la critique peut faire mal insidieusement. Encore une fois, nous sommes victimes de multiples conditionnements hérités de l’éducation parentale, des enseignants, des amis, des normes de groupe, de la société voire des médias. Avant de prendre en compte l’opinion d’une autre personne sur nous, nous devrions nous demander quel en seront les effets sur nous-même, nos succès, nos échecs. Il est nettement plus rentable pour nous de contacter notre confiance.

Si on peut apprendre des autres, cela ne devrait jamais se faire en se laissant blesser. Il y a une différence entre avoir les intérêts de quelqu’un à cœur et décharger sur lui nos propres problèmes et frustrations. Nous avons le pouvoir et surtout le devoir envers nous-même de choisir entre les critiques saines et celles qui le sont moins. La différence, c’est la motivation ressentie. Les personnes qui ont une bonne estime d’elles-mêmes choisissent ceux qui les écoutent et s’intéressent à elles et ignorent ceux qui nuisent à leur moi profond. Plus elles le font, plus elles renforcent le sentiment de leur propre valeur.

Développer son Protecteur

Finalement, et en guise de conclusion, voici une invitation à une petite prise de conscience. Alors qu’il nous apparaît naturel de donner crédit aux autres pour leurs talents, leurs réalisations, de vanter les mérites de tel film ou de tel restaurant, nous sommes souvent mal à l’aise de parler de nos propres réalisations. Encore un produit de notre éducation où amour de soi se conjuguait avec orgueil. Et pourtant, l’amour de soi est une condition première à l’amour des autres. Comme nous avons appris à nous critiquer, nous pouvons apprendre à faire taire en nous la voix de la critique et surtout nous pouvons travailler à développer celle du Protecteur. Elle pourra nous supporter, nous rappeler nos talents, nos qualités, notre unicité. Autant la voix du critique interne que celle du Protecteur sont des créations nées de l’habitude. Ainsi, nous avons le choix de développer l’une d’entre elles pour voir s’éteindre l’autre avec le temps.

Comme on peut le constater, il est possible de changer des conditionnements et de ne pas rester prisonnier de notre éducation. Cette métamorphose peut se faire la plupart du temps sans l’intervention d’un thérapeute, pour qui est conscient, motivé, et désireux de passer à l’action. L’estime de soi-même est vraiment un passeport pour une vie satisfaisante. Mais il faut être persuadé qu’on le mérite et qu’on le peut.

Pour en savoir davantage

  • Consultez notre page ressources sur l’estime de soi, avec de nombreux autres articles.
  • SAINT-PAUL, Josiane (1996). Choisir sa vie. Paris. InterÉditions.
  • MONTBOURQUETTE, Jean (2002). De l’estime de soi à l’estime du soi. Novalis.
  • CARDINAL, Catherine (1998). The Ten Commandments of Self-Esteem, Andrews McMeel Publishing.
Merci de partagerShare on Facebook162Share on Google+19Tweet about this on Twitter2Share on LinkedIn1Pin on Pinterest0Buffer this pageShare on StumbleUpon0Email this to someone

Marie Berube

Marie Bérubé pratique la psychologie depuis près de quarante ans. Elle est l'auteure de Être parent. Poser les bons gestes et co-auteure de Oser changer. Mettre le cap sur ses rêves.